Un texte de 1997 !

« Décrire X n’est pas chose aisée, il est pour moi avant tout une idée, une conversation. La première fois que je l’ai rencontré, il était assis sur une souche d’arbre, l’air préoccupé. X est un petit homme brun, quelconque, gitane maïs au bec, ce que l’on apelle communément un beauf’, mocassins, haut de survetement, courses en grande surface le dimanche et une maison impersonelle comme on en voit tant de nos jours à la campagne, en préfab’. X en est fier, sa vie monotone le partage entre son fils, sa femme et sa collection de films X dans le placard de sa chambre, une télé 16 / 9 eme et pas mal de choses achetés à crédit.

Je crois l’avoir rencontré, par hasard, ce jour parmi tant d’autre, et pourtant ce jour là, évidement.

Nous discutàmes tout d’abord de la pluie et du beau temps, voisins, la conversation était évidente et prévisible, la suite le fut moins. X m’avoua plus tard  que c’est justement ce jour là, assis sur sa souche d’arbre que tout avait commencé, je ne saurait jamais ou il puisa la force de devenir fou, et à quel courage il du ces rares moments de lucidité qui lui permirent de s’extraire de sa folie pour me parler. X avait apris, je ne sais comment, que bien qu’artiste à la retraite j’avais étudié la philosophie dans mon jeune age. X regrettait de s’être arrété trop tôt dans ces études pour  avoir eu une chance de connaitre les grands penseurs. Plutot doué en math, d’après ces dires, il avait tout arrété pour s’occuper de sa femme enceinte. Il me semblait plutot à l’entendre et à la façon de raconter  son histoire qu’une lassitude précoce et un désinteret total pour les choses de l’esprit avait mis fin à toutes ses ambitions. Je réalisais après quelque temps que la paresse seule avait été à la base de son échec scolaire. La suite je la devinais sans qu’il me la raconte, il la portait sur lui, de boulots en boulots comme c’est fréquent dans ces campagnes il avait fini par en trouver un, ni plus ni mons interressant qu’un autre et ou il était resté, officiellement pour nourir le gosse et la femme qu’il n’aimait plus et officieusement pour oublier l’ennui et l’attente de la mort. Sa vie, plate, n’offrait aucun échappatoire, une autre femme aurait pu le combler un temps, mais l’ennui était trop fort, la routine. Il ne lui serait même pas venu à l’idée de tenter de fuir, ce que nous faisont nous tout le temps. La vie lui semblait simple et bonne comme ça, sans surprises.

Réservé, les quelques conversations que nous eumes ne me préparèrent pas, ou pas assez, à ce qui devait lui arriver. Peut-être est-ce mieux ainsi, sa femme, une personne délicieuse, semble le penser, je doute néanmoins et continue de penser que de grandes choses auraient pu naitre de sa folie et que sa façon d’etre devrait être une leçon pour certains.

 De cette première conversation, banale au possible, sur le chemin de nos maison respectives, il ne me reste qu’une impression, cet air préoccupé qu’il arborait. J’ai beau savoir qu’il n’aurait pu s’ouvrir à moi simplement, comme cela peut se faire dans les pays méditérranéens, je ne peut m’empecher de me sentir responsable, d’autant plus qu’il semble que j’ai été le déclencheur de ce que j’aimerai ne pouvoir appeler folie.

Je ne peux, malgré tout mes efforts me rapeller de quoi nous discutames, le fait est qu’il revint chez lui boulversé, et selon sa femme très agité.

Il semble qu’il ai alors commencé à tenir des discours, selon sa femme encore une fois, « philosophiques », ce qui ne lui arrivais jamais.

Déçu sans doute par le peu d’écho reçu dans son entourage, j’imagine que son reflexe, bien naturellement, a été de se refermer sur lui même. Que n’étais-je pas là !

X pour la première fois de sa vie se demandais pourquoi.

Les raisons d’être des choses et surtout ou mettre ce joli meuble sa femme venait d’acheter, qui ne lui plaisait pas du tout et qui était selon lui complètement inutile. Sa femme ne pouvait comprendre que ce n’était cette discussion dans le sous bois avec le nouveau voisin, mais que vraiment cet objet inutile et trop cher était-il un tabouret ou une table de nuit, alors que nous n’en avions vraiment pas besoin, et que nous possédons déjà tout ce dont nos avons besoin, la table de nuit de la grand-mère dans le garage et des bancs autour de la table à manger qui ont couté une fortune et les dettes…

Déja dans le sous bois lui était venue cette idée farfelue : si c’est un tabouret et que nous l’utilisons comme table de nuit ( inutile, la table de la grand-mère ) jamais plus on ne s’asseoira dessus, il sera devenue table de nuit, et vice-versa, t’assois pas dessus sale gosse, tu vas abimer la table de nuit, et si c’est une table de nuit que vont dire les voisins, ( qui auront certainement acheté le même en promotion pour les fêtes à Leclerc ) s’il nous voient nous en servir pour nous asseoir dessus, ah, c’est une bonne idée, et on va encore passer pour des c…

Pire que cela X se demandais si les choses devenaient les mots que l’on pose dessus ( et s’il arrétait d’appeler sa femme poussin pour l’appeler salope, et si son fils, et le balais des chiottes, et si sa vie… ).

La deuxième fois que je vis X, il me demanda de lui parler de linguistique, de sémiologie, de signifiant et de signifié, bien sur c’est moi qui nommais ces différents mouvements d’étude du language, ces préceptes philosophiques, mais l’idée y était. Je révisais mon idée sur X et me dit que les gens étaient merveilleux, je les invitais à manger.

 

* * *

 

Le repas fut sans surprise, j’en attendais plus. X pourtant devait bouillonner, je n’ai su le déceller et regrette aujourd’hui de ne pas lui avoir donné l’occasion de s’exprimer, il me semble pourtant avoir été à l’écoute, mais il me faut admettre que la grande découverte de la soirée fut surtout sa femme, un personnage étrange, cultivé, que je n’aurais deviné si j’étais resté au seul contact de X. Souvent on passe à coté de gens merveilleux sans même le savoir. Elle ravit toute la conversation et mon interet. X était la personne que j’aurais du découvrir, ce soir là. Je couchais avec sa femme, ou plutot nous fimes l’amour bestialement dans la cuisine. Pendant que X explorait ma bibliothèque, j’explorais sa femme. Vous allez  certainement penser que je suis un être peu ragoutant, sans aucune morallité, je ne saurais même pas vous dire s’il en aurait été autrement si X m’avait avoué l’amour éperdu qu’il vouait à sa femme. Ce n’était pas le cas et ce monstre de mari éprouvait certainement plus de ravissement à parcourir ma bibliothèque qu’a toucher sa femme.

J’ai certainement oublié de vous dire que X, était bizarrement passionné d’Art, ou plutot d’images, jamais il ne lisait les rares anthologies qu’il achetait et toujours avec le même ravissement dévisageait ces icones que jamais il ne voyait en vrai. Les très rares hasards de ses rencontres avec des livres, des reproductions ( sur les boites de chocolat ), lui suffisaient. La curiosité ne l’aurait pas conduit régulièrement dans un musée, il s’y sentait mal à l’aise et terriblement dépassé. Pour lui l’art c’était comme ces jolies filles dans les magasines pornos, celles que l’on ne touche pas et dont on rève. Sa femme il l’avait désirée, une fois conquise elle avait céssé de lui plaire, comme une image obsène pouvait encore lui plaire. Pourtant sa femme avait un sacré tempéremment, mais je m’égare. X était un personnage étrange, il nous aurait surpris qu’il nous aurait tué, au fusil de chasse, même pas pour l’honneur, ou la jalousie, mais parce que cela se fait, désintéressé.

J’en appris plus de X par sa femme que par lui-même, pourtant le personnage me fascinait, comment sa femme avait-elle put tomber amoureuse de lui et l’aimer encore, parce qu’il m’aime, à sa manière. Surement devinait-elle le génie qui dormait sous ces traits blaffards, le passionné qui s’ignore et n’a pas encore trouvé de raisons de vivre, n’a pas encore décidé de vivre. Cette raison, s’aurait pu être elle, mais elle ne l’aurait supporté. Les gens sont étranges et souvent ne puis-je me les expliquer.

Ma relation avec Mathilde dura un temps, puis s’évanouit. Elle dura assez pour m’apprendre à connaitre X, et surtout pour faire de moi le témoin actif de son génial délire.

Un jour alors que je parlais avec sa femme de cet artiste qui mit un urinoir dans un musée, Marcel Duchamp, X sembla plus attentif qu’à son habitude,

- Ah ? c’est de l’art ça, et qu’est-ce qui m’empèche de faire pareil ?

Nous, ou plutot je tentais de lui expliquer. Au bout de cinq minutes X était repartit dans son film, malgré son interret passagé, et moi perdu dans les yeux de sa femme que je tentais  vainement de séduire réelement, intellectuellement, devrais-je dire. Que n’ais-je point vu qu’elle ne m’écoutait pas et que sous une indifférence feinte X ne perdait pas un mot de mes théories aristiques et de mon monologue insensé, dans une horrible maison Bouyges à cent lieux de tout entendement.

L’homme a cette vertu qu’il veut éduquer, se faire guide même s’il ne sait pas, s’égare et crie des vérité auquel lui même n’est pas certain de croire.

X, avait sa route, une route toute tracée, devrais-je dire, et surtout une route que j’ignorais, perdu dans mon égo, absent à moi même et surement indigne d’un tel spectateur. Peut-être ais-je été le seul à voir ce que j’ai vu, en lui et après, mais je le soupçonne, lui, de m’avoir percé à jour dès les premiers instants. Mais peut-être imaginais-je tout cela, quoiqu’il en soit X m’avait écouté et entendu, comment, pourquoi ? Parcequ’il ne faut désespérer de l’humain de ses capacités de surhomme. Je devance mon histoire.

 

* * *

 

le 31 Dec. 1997 ).

 

* * *

 

Mathilde, en ce jour de fin d’année, me téléphona, inquiète, X construisait une petite estrade en bois dans la cuisine, sur le carrelage blanc-gris-beige qui orne généralement les cuisines des maisons neuves de province et me donne toujours l’envie de les qualifier d’hideuses. Je devais ce soir là reveilloner avec eux, situation qui, compte tenu de ma courte relation sexuelle avec Mathide et de l’intimité parfois trop visible qui s’en dégageait, me génait. Alertés donc par ce fait étrange, nous ne savions que penser, ni quelle contenance afficher. J’allais, ce soir-là entre tous, pensais-je, droit dans un piège. J’étais bien loin de me douter qu’il était d’une nature bien différente de tout ce que j’aurais pu penser.

En arrivant je fut surpris du nombre d’invités, la famille et quelques notables du village, le médecin, le notaire et quelques amis de travail de X, qu’il n’invitait jamais et que je n’avais jamais vu.

X, ce qui n’était pas sans nous inquieter, semblait exité voir même fiévreux, chose assez rare chez lui, d’un naturel plutot taciturne, comme il me semble l’avoir déjà dit.

Après quelques apéritif qui cachait mal la fausseté de la situation pour qui la connaissait et l’étrangeté de la conduite de X, nous fumes conviés à la cuisine.

X avait construit un petit piédestal haut d’une trentaine de centimetre à peu près de même largeur, des pleinthes en ornaient les cotés, très bien fait.

Certains semblaient attendre un discours, l’esperer, nous le redoutions.

X prit alors une chaise, une quelconque chaise, par ailleurs assez jolie, et la déposa délicatement, comme s’il fut s’agit du plus grand trésor, sur le piédestal qu’il avait construit à ce seul effet, laissant juste échapper un « voilà », qui eu le dont d’exasperer sa femme déjà à bout de nerf.

« - voilà quoi ?

- Voilà, cette chaise est maintenant une oeuvre d’art »

Rires, les chuchotements vinrent après. Surpris il ne me vint même pas à l’esprit de le questionner, c’était presque trop évident et presque banal pour quelqu’un qui comme moi baignait dans les milieux artistiques. C’était plus surprenant pour Mathile et presque incompréhensibles pour les autres, qui passèrent du rire à la gène devant le serieux de X. Il me semble d’ailleurs avoir entendu murmurer à ce moment là un « il est fou » marmoné du bout des dents

Comment, ce petit bonhomme que j’avais tout d’abord jugé insignifiant, un beauf’ en survetement et gitane maïs, et malgré sa somptueuse épouse, en était-il arrivé là. Et si sa somptueuse épouse avait été un faire valoir, pensais-je, dans mon égarement. Un faire-valoir de quoi ? Du génie de ce petit être mal foutu. Il me semblait mieux la cerner même si je lisais plus sur son visage effroi et surprise que compréhension.

Prendre les invités et les ramener dans le salon «  vous savez, mon mari… » alors qu’il aurait fallu le feliciter, expliquer. Je croisais son regard, cette retombée violente, non pas désabusé, il n’avait jamais été abusé. Géné, plus, même pas déçu, et pourtant les bras ballant, comme devant la grande oeuvre.

Je ne sais moi-même pourquoi je quittais la cuisine, le laissant seul avec sa déception. En fait je ne sais même pas s’il était déçu. J’aurais du rester, le féliciter, parler avec lui, je ne sais pourquoi je suivi les autres. Je le laissais pour rassurer Mathilde, pour lui dire il n’a rien vu, il est à coté de la plaque. Mais même cela je ne le fis, j’étais choqué, époustouflé. En parler à Mathilde m’aurait certainement montré la marche à suivre, mais ça riait déjà dans le salon, la nouvelle année approchait et aucun satellite ne devait exploser dans l’atmosphère.

 

* * *

 

X vouait un culte à sa chaise, il était un génie incompris, il voulait en parler, personne n’écoutait, personne ne se rendait compte de la seule chose bien qu’il ait fait de sa vie, il n’était même pas original et le savait, il m’avait entendu parler de Duchamp et m’évitait, lui savait, je ne pourrait pas comprendre, il était déjà tellement haut, en bas et au milieu. Au milieu de rien.

Là, dans sa cuisine, seul et terriblement humain, terriblement petit devant sa chaise et son piedestal, les larmes aux yeux, ébranlé. Il devinait et devinait juste. Je le rabaissais. Nous en discutàmes. De la vint notre amitié. Je ne couchais plus avec sa femme, j’avais la conscience tranquille, malgré moi. Il ne me vallait pas. Tout ce qu’il faisait je le savais. Humble devant son oeuvre, timide pour la première fois de sa vie, il se taisait, m’écoutait religieusement. Je pensais qu’il pensait de moi entre artiste on se comprend et me mettais ainsi au dessus de lui. N’avais-je pas possédé sa femme comme lui ne l’avait jamais possédé. L’englobant et dans mon désir et dans ma compréhension. Lui ne comprenait pas et savait assez pour ne pas dire.

X, avec sa chaise, avait eu une illumination, comme un athée qui entrant dans une église en ressortirait prètre. C’est tout du moins ainsi que je le voyais. Et Mathilde, compréhensive, et parce que je m’étais amouraché de son mari, sans le comprendre vraiment, tolérait la chaise, et le piédestal, qui pourtant la génait pour cuire les oeufs et faisait rire le voisinage et inquiétait le médecin.

 

* * *

 

X devint curieux, dans les deux sens. Il m’interrogeait souvent sur l’art, la philosophie qu’il comprenait sans comprendre, de son propre aveu, et briquait sa chaise tous les jours, symboliquement, m’expliquant que quoi qu’on en dise, elle était devenu autre chose, un signe de l’imperceptible, une leçon pour sa femme qui devrait en prendre de la graine et décidément ne comprenait rien. J’acquiaissais, trouvant mon compte dans cette amitié virile des hommes qui fument le cigare ensemble et trompent leur femme. Je le trompais lui autant qu’il me trompait, ainsi sont les relations humaines. Pourtant nous étions d’une certaine manière sinceres et réelement ami.

N’étais-je pas celui qui lui avait montré la voie et lui celui qui m’avait présenté sa femme avec qui j’allimentais une relation d’amitié exclusive.

 De plus, il me plaisait d’avoir été son maitre, hasard d’un cour instant. J’étais fier de moi alors que tout venait de lui, je n’étais qu’un révélateur et lui ne me révélait rien. Cela vint plus tard, trop tard.

La chaise de X transcendait  ( dois-je dire que j’allais jusqu’a croire que c’était moi qui lui avait appris ce mot dont il ne savait selon moi se servir ) la réalité, toujours envie de le rabaisser, comme de sa maison avant, il en était fier. Comme on fait son lit on se couche, était l’une de ces phrases préféres. Son fils le prenait pour un guignol, sans oser lui dire, preuve de son authorité, il régnait en maitre et tyran sur sa maisonnée, mollement et parcequ’on le laissait faire. Je l’aimais bien et ne faisais plus attention à sa chaise, personne d’ailleurs. Elle était devenu un meuble, mais dans un sens différent, comme un tableau inutile. Elle l’obsédait, et nous nous passions à coté sans la voir ( et peut-être pour cela justement )  jusqu’à ce que sa femme, Mathilde sur un coup de tête et parcequ’elle la génait voulu la ranger. X se vexa, fit un tollé, personne ne toucherais à sa chaise. Comment la reconnaitre si on venait à la mélanger avec les deux autres, toutes de la même fabrique.

Sans que nous nous en aperçumes, les réflexions de X prirent un tour nouveau.

Il la montrait toujours aux nouveaux visiteurs qui invariablement le prenaient pour un fou inoffensif à moins que je ne fut là pour le défendre.

Puis il se mit à copier mon discours, c’est tout du moins ce que je crus.

A travers la chaise, il s’éduquait, et ses pensées monomaniaques ne lui laissait que peu de répis. Discret, nous ne voiions rien, nous ignorions royalement son mal existenciel, habitué à cette nouvelle lubie, pourtant géniale.

Quand on y refléchi bien, maintenant que les années ont passé, on se rend compte que tout ça, cette lente évolution qui mena X à la folie, se passa dans une periode très courte, trois mois tout au plus, mais le temps est si long dans les petits village, et les sentiments si paisibles qu’ils font violence, l’amitié, l’amour y sont si rares qu’on les sent passer. Je pense surtout à mon histoire avec Mathilde dans mon égoïsme. X n’est pas absent, il est au delà.