« Oh my god! I just saw the most amazing movie »

 

« Live in the moment and on the edge of life otherwise there is no point »

Ouais ben c’est l’histoire d’un funambule qui tend un câble entre les Twin Tower en 1974 et fait le con huit fois de suite avant de se faire capter par les keufs et de devenir une star. C’est écrit sur le poster : L’histoire d’un crime. « Mais pourquoi avez-vous fait ça » demandent les flics. « Pourquoi ? », « Pourquoi » répond-t-il. Le grand Art a t-il besoin d’explication ? Nothing is Impossible, c’est aussi la devise de Nike, non ? « It’s impossible, that’s sure. So let’s start working ».

Faire la queue au cinéma (ou ailleurs) me rend fou, même dans un cinéma underground pour voir un film passionnant. Je déteste attendre en groupe. Je mets un pied à côté de la foule quand je ne peux faire autrement, gruge, passe devant, ou attends tout simplement à côté.

Et puis il y a ces bruits de téléphone, de mastications, les têtes qui dépassent, et les chuchotements parfois incessants, tout ce qui fait que j’aime le cinéma. Le brouhaha avant, les gens qui bougent… Je me souviens d’un livre de Moorcock ou les forces de la loi sont décrites comme immuables, contrairement aux forces du chaos qui sont décrites comme la vie elle-même. Attendre en ligne, bousculer l’ordre établi. Détruire pour reconstruire. Le blanc et le noir. Philippe Petit (le funambule) est au bien ce que les intégristes Musulmans qui ont détruit les tours sont au mal. Et la Beauté ? Le signe ? Les morts ? Le début. La fin.

Faire des choses, n’importe quoi. Le travail. Warhol qui ne cessait jamais de bosser. « Work, the only thing is work ». Préparer le terrain, se mettre en condition. « Ce qui est difficile ce n’est pas de faire les choses mais de se mettre en état de les faire », avait écrit ma mère sous un dessin de Calimero que j’avais fait enfant. La phrase est signée Constantin Brancusi.

En partant à New-York j’ai tenté de tendre un câble entre la France et les Etats-Unis, je crois pouvoir maintenant dire, à un jour de mon retour, que j’ai échoué. Tous ces rendez-vous m’ont porté sur le système, mais, comme d’habitude j’ai vécu, archivé, recensé, vu, appris, échangé (finalement assez peu), et me suis collé, passivement, devant un certain nombre de films au cinéma, toujours aussi fasciné par le grand écran blanc. Qu’un funambule ou un avion à réaction le traverse n’a finalement pas grande importance. C’est la liaison entre les mots et l’image qui me touche. Toutes ces phrases, ces moments suspendus, toutes ces têtes tournées vers le même but, comme à la messe : « salvation », « salvation ». Nous repentant pour nos crimes, victimes d’un même idéalisme, à 12 dollars la séance, sauvé de notre ennui et de nos honteuses réflexions (celles-là mêmes qui nous ont conduit dans cette salle à la recherche de nouvelles distractions). La morale est toujours sauve. Je repensais à ce livre de Roszac « la conspiration des ténèbres », à propos du cinéma, la succession d’images, le rythme, la lumière, au secret qui n’est pas dans la narration, mais dans la fabrication de l’image elle-même. Clic, clic, clic. C’est aussi le bruit du pédalier de mon vélo, le meilleur moyen que j’ai trouvé pour me vider l’esprit, mon instant de méditation urbaine faute de fontaine des innocents ou écouter l’eau couler, interminablement, au milieu de la jungle Parisienne, ou face à l’océan dans une autre vie, bientôt peut-être.

 

Le funambule est une autre personne quand il marche d’un rivage à un autre. Certain diront que “ce qui compte ce n’est pas le trajet mais le voyage”. Ils n’ont pas vu cet homme suspendu au-dessus du vide, entre deux tours, allongé sur son fil, les bras en croix, puis saluer un public imaginaire. Trente ans plus tard ses spectateurs, ceux qui n’ont vu qu’un point dans le ciel se balancer entre la vie et la mort avaient encore les larmes aux yeux. J’aimerais un jour toucher les gens à un niveau si profond, c’est exceptionnel. Nul besoin de détruire pour en arriver là, même si je crois que mon chemin passe par une forme d’anéantissement et de renaissance. Vieux syndrome chrétien s’il en est.

 

Pour un quart d’heure de retard, nous nous sommes vus offrir un ticket gratuit pour toute séance à venir… Que vais-je faire demain, pour mon dernier jour à New-York ? Voir des amis, visiter le Whitney Muséum, aller un nouveau rendez-vous boulot, acheter un cadeau pour ma copine, un nouveau guidon, ou regarder un nouveau film, encore un film, fasciné comme devant le sang bleu de l’empereur Ming, ou la petite télé noir et blanc de Maryse, scotché devant le cinéma de minuit alors que j’avais à peine 8 ans et cour le lendemain.

Ah ! Jeunesse…

 

Au-dessus des nuages. Dans une autre vie. Entièrement par procuration.

Roulement de tambour, ce sont les éclairs du studio Disney.

Qu’il est bon de ne pas penser et de s’abrutir jusqu’au bout.

Bon ou mauvais, le spectacle reste le spectacle. En retrait. Un pied hors de la ligne. Parce qu’on souffre tous du même mal. L’aspiration incomplète. Tous debout après « V pour Vendetta », et ému à mourir par « L’homme suspendu à un fil ».

Ariane tisse. Ulysse voyage. Qui nous a fait croire qu’il revenait ?