Finance faith instead of fear
« Tout le monde espère, toi, moi.
Les chats espèrent-ils quand ils miaulent?
Non, ils demandent.
“Je veux”
Vouloir est une chose,
Espérer en est une autre, c’est une certitude qui n’arrivera jamais »
M’écrit mon très talentueux ami sourdingue Aleksi. J’adore Aleksi, sa sensibilité toute entière. Rien à jeter sauf lui qui devrait laisser son talent l’envahir comme la marée de ses pensées, un matin de mars, dieu de la guerre, comme chacun le sait. Saturnien…
Camus dit quelque chose comme « l’espoir est la chienlit de l’humanité ». Ne compte que la certitude, même si « il ne suffit pas toujours de vouloir ». C’est avec le vouloir que tout commence et avec l’espoir que tout finit. Il faut faire pour être. Il ne faut rien. Il faut tout. Poésie des mots qui ne veulent rien dire et disent tout.
« Il ne faut pas faire pour être, mais être pour être » répond au « nous ne sommes pas, nous sommes » d’Aleksi, mon fantastique ami qui se perd (selon moi) dans ses jolis dessins d’arbres. Se dépasser n’est jamais facile. Se mettre en danger. Avancer… Chacun son opinion…
Mais Aleksi va être papa. Mais. Pourquoi mais ? C’est en Mars que tout se passe. Je me demande quand son bébé va naître…
Ce qu’il pensera et voudra être quand je serai déjà un pied dans la tombe. « Nous ne sommes pas nous sommes ». Pourquoi vouloir être alors que nous sommes déjà, « par le simple pouvoir de notre volonté »…
Il y a 18 ans, je déclarais : « je serais riche et célèbre », devant des étudiants médusés, à une réunion où l’on demandait ce que nous voulions faire dans la vie. C’était une boutade.
Quand on est jeune (et dieu sait que je ne le suis plus, malgré mon vélo, mon 15m2 dans lequel j’habite toujours, le skate, et la copine de 12 ans de moins que moi…), on a des rêves que rien ne semble pouvoir détruire. Puis on se réveille avec la gueule de bois, vers la quarantaine, et on se tape une petite jeune pour se sentir encore exister, voler un peu de cette énergie indomptable qui nous fait tant défaut dans notre vie d’adulte. Les rêves. La certitude que la concession est impossible et le compromis absolument inenvisageable. Nous serons ce que nous serons, et rien ne viendra abattre nos décisions de jeunesse.
Mon ami Jocko écrit un livre dont le titre résume tout : « The answer is never ». Never give up anything ! Skateboarding, being a punk, our freedom, ce qui nous fait nous, notre particularité comme les choix qui nous ont inscrit.
En aucun cas nous ne serons comme les parents, ces vieux croulants qui ont tout mis de côté, peut-être pour nous avoir…
L’intransigeance de la jeunesse comme on dit.
Il y a là un drame qui se joue qui vaut bien toutes les tragédies antiques.
La peur du ratage, la sécurité. Aujourd’hui je fais encore ce que je veux, mais demain ?
« Cette naïveté excessive de l’adolescent qui ne respire encore que par besoin spirituel d’aimer ».
Riche et célèbre, le futur Warhol… Je me souviens que je criais cela bien fort et sur tous les toits. Pendant la période de l’épicerie, mes amis ont bien failli y croire. Le succès, le pouvoir, l’ouverture de tous les possibles. Donner envie de faire comme nous à tous et à tous. Cette phrase était d’abord généreuse avant de devenir le fascisme de notre siècle. Puis nous avons chu. J’ai appris l’humilité et à me taire, mais, quelque part, je reste persuadé, comme je l’ai toujours été, oh combien grande est la destinée qui m’attend (celle que je vis au jour le jour, premier témoin de mon propre délire mégalomane), suprême prétention de l’imbécile qui, justement, ne respire plus « par besoin spirituel d’aimer » comme le dit Gogol dans « La perspective Nevski », et le chante les Simple Minds, dans leur premier album, en 79 ? « Life in a day », ou « Real to real cacophony ». Musique de ma jeunesse. Le fric, les années 80, la pub, tous ces hommes en noirs… Le moment ou le monde a retourné sa veste. Jolie doublure d’ailleurs… Toute en satin rouge, coutures apparentes, comme le show business.
J’avais 20 ans : « je serais riche et célèbre ». Et pourtant l’argent, pas plus que la célébrité, ne m’intéressaient. La provocation plus, « en bon fils de situ mon cul »… Riche et célèbre ce n’est qu’un moyen de réussir à véhiculer ses idées, toucher le plus grand nombre… Combien coûte le carré blanc sur fond blanc de Malevitch ? Il est sans valeur !
Nous étions déjà en 90, et pendant que certains étaient très occupés à se suicider en devenant des stars, les autres apprenaient la société du loisir et des marques. Ça par contre me plaisait vraiment, un Levi’s sur les fesses et un skateboard sous les pieds pleins de crottes de nez. La street culture venait de naître vingt ans plus tôt. Dépenser pour ne pas penser. Riche avait maintenant un sens, célèbre ne voulait plus rien dire du tout.
« Je n’espère pas, je sais ». cette simple phrase avait le mérite de mettre mes amis hors d’eux. Il y avait d’un côté ceux qui ne demandaient qu’à êtres persuadés, et les autres que la pornographie débectait. Car c’est bien de pornographie qu’il était question, à cette époque comme maintenant. Ne plus croire, voilà ce qu’on me reprocherait un jour, et pourquoi ? Car réussir sans croire, c’est un peu comme de naître sans saigner. Et ne réussissent vraiment que ceux dont la croyance s’est un jour tue pour se transformer en business, c’est en tout cas ce qu’on nous raconte dans les livres spécialisés. Un homme qui croit, c’est une multitude qui le suit et quel meilleur moyen de détruire le mythe que de le rendre virtuellement accessible à tous. Jamais je ne cesserais de croire pour mieux le cacher. Quelle multitude ?
De toute façon, je n’aime pas qu’on me suive. C’est tellement plus facile de se laisser conduire…
« Perdre son temps est aujourd’hui la seule façon d’être libre ».
« Le courage de ne rien être personne ne l’a jamais ».
Personne n’est jamais rien, dans aucun cas.
Le regard de la société. Grandir dans, par, et pour le monde dans lequel nous vivons et qui nous entoure, nous juge, nous encense, nous détruit parfois. Le monde, nos amis.
Des cartons tout autour de moi.
Un film débile américain de plus à la télé.
Je vais aller me chercher à manger au chinois d’à côté. Ici comme ailleurs.
Il y a bien une raison pour laquelle j’ai laissé tomber la roue libre pour le pignon fixe.
J’aime pédaler dans les descentes et forcer dans les montées. Ce n’est pas qu’une simple image.
Le Williamsburg Bridge, à fond. Les grattes ciels, le métro, wall street.
Ill-rippers.
« En flux tendu ! »

