Parti de tout pour arriver à rien ?

 

Et la ronde recommence ; sortir, rencontrer des filles. Je suis libre, je ne le suis plus. La contrainte humaine me pousse en avant. Je dois me mêler alors que je n’ai envie que de fuite, de violence, de réalité. L’automne recouvre paris et les feuilles se collent à mes roues. Vélo, skateboard, paysage qui défile, mouvement incessant. Un sourire m’illumine sur les quais de seine, envie de serrer dans mes bras, d’embrasser, de bestialité physique, de déchainement, de retour impossible. Cinq mois que je n’ai pas fait l’amour. Une nouvelle femme me plaît, l’histoire est derrière nous sans qu’il ne soit rien arrivé ou si peu. Nostalgie d’instants refoulés et accomplis, je ne lui plaît pas, physiquement et peut-être socialement, mais tout le reste marche, si ce n’est la frustration de l’homme qui désire mais ne peut conquérir entièrement. Je ne suis pas aigri. Je vis, je ressent, je suis heureux. Elle est très belle, une autre étape. J’aime lui parler, échanger, ce début d’amitié qui n’en sera jamais une. Souvent je me suis trompé, rarement échoué, quoique mon entourage en pense. Chaque moment comme aboutissement en soi, reconnaissant à l’extrême de la qualité absolue de mes aventures. L’échange est parfois déséquilibré, jamais inutile dans ma quête égoïste de sens. Au « trop intelligent pour être heureux » succède le « trop intelligent pour être dupe ». « Trop intelligent… », la phrase n’est pas de moi, suprême vantardise de celui qui cherche sans trouver. La branchitude, les milieux autorisés, élitistes, fermés, riches et généreux pour ceux qui ont été admis en son sein, terribles pour les autres. Une curiosité d’esthète.

Je n’ai jamais réussi à faire partie d’aucun groupe tout en ayant effleuré la réalité de beaucoup. Le roller, le skateboard, la mode, le pignon fixe. Les styles de vie. L’attrait du risque, de la communauté, du partage. Je cherche quelque chose, une solution, une échappatoire, un ailleurs qui n’a jamais vraiment existé. Lauren a bien raison, mes listes ne sont que des listes. Malevitch, Debord, Dick, Miller, Camus, Cendrars… Hier quelqu’un m’a encore dit que je devais écrire. Pourquoi ? Cette qualité du spectateur, toujours un pas en arrière, comme dans la merveilleuse nouvelle de Nabokov « le guetteur », ou à cause de ma « culture » ? Celle que je met rarement en avant. Nul besoin de dire pour exister. Folie de l’artiste qui aimerait que l’on respecte ses choix, aussi décalés et autodestructeurs soient-ils. Je ressasses. Essayer de comprendre le futur à la lumière du passé, c’est manquer le présent. Matthew Barney et son esthétique totalitaire. Le Baron, la Perle, le studio 54, les Deux magots, à chaque époque ses lieux de perdition, de fête, de rencontres enchanteresses. Observer n’est pas jouer. Envie de James Bond et de loisirs abrutifiants. Se perdre pour mieux se trouver. Parfois je me demande si je sais encore ou je vais, doutant de cette confiance qui m’habite pourtant et ne m’a jamais failli. Rester sur ses position, c’est laisser la bêtise vous envahir, mais aussi séduire le destin. Bribes. « Les cibles c’est fait pour tirer dessus ». « Because everyone is going in the same direction doesn’t mean it is the right direction ».

Je note :

« C’est incroyable comme certaines personnes sous-estiment les gens qui ne font pas les mêmes choix qu’eux. Le succès, l’argent (qui n’est jamais facile), les nouvelles valeurs véhiculés par la société. La réalisation dans l’underground, la contre culture, l’alternatif, n’est pas une fin en soi, à peine l’expression d’une négation qui, elle aussi, mérite d’être dépassée ».

Que reste t-il après Warhol et Debord ? Le marché, ou autre chose ?

« La beauté, une femme sur les genoux, le soleil, l’intensité du mouvement furtif, sa retranscription avec des mots qui sont déjà d’autres mots, d’autres envies, une autre histoire, sincère comme la mémoire et les regrets ».

 

Ma mère rêvait beaucoup, dans l’obscurité d’un appartement mal éclairé, face au boites aux lettres, noyée dans le brouhaha inaudible de la télévision et de l’alcool. Elle me parlait sans cesse des moutons, de la campagne, d’une enfance qu’elle n’avait pas vraiment vécu et d’une vie mélangée. J’essaye de comprendre sa mort alors que je viens de faire le deuil et de terminer le film de ce deuil. Double souffrance avant cessation de payement.

 

Je pense aux romans autobiographiques et à la fiction, au décalages qui pourrissent certaines vies. Être juste me paraît de plus en plus important qu’être vrai. Peut-être que c’est cela qui est en train de m’arriver. J’aime, mais que faire de tout cet amour ? Draguer des filles en soirée ? Créer ? Échanger ? Avec qui ?

 

« - It was disgusting »

« - Not at a philosophical level »

 

So be it.