Il ne faut rien, il faut tout.

« Le temps, le temps n’attends pas ». Allongé dans le lit, plein de choses à faire. Je me recouche, « insoumis ». Bientôt je n’aurais plus d’argent pour manger et je déteste taper mes proches, sans dettes connues à ce jour à part celles de ma mère, toujours impayées, ah, et puis les impôts, l’électricité, le chauffage. Un clochard dors devant la porte de mon immeuble « par choix ». Il fait un froid terrible et je m’attends à le retrouver mort tous les matins. Tout le monde s’occupe un peu de lui, mais il a peu de couvertures et refuse toute aide ostentatoire, pendant que je bois mon thé au chaud. « Ça va » dit-il invariablement à chaque fois qu’on lui pose la question. Ça va. A 16 ans, j’avais rêvé cette vie là, commencé à dormir sur les bancs et voler à la tire aux étales des magasins. Je faisais un peu la quête et squattais une chambre de bonne vide que nous avions découvert, un jour que nous voulions monter sur les toits, avenue de la grande armée. À la fin la concierge nous prenait pour des locataires comme les autres… Mythe de mon adolescence, jusqu’aux premier casse pour voler une télé…

Et puis je me suis calmé et j’ai rencontré ma première copine… à 18 ans et demi ! Le clochard porte le nom de mon père, dont je ne me rappelle pas de la date de mort exacte, en novembre 1992 ou 1993 ? Jamais allé sur sa tombe, enterré dans le caveau familial de ma belle-mère, décédée dix ans après lui, que je ne supportais pas, malgré tout l’amour qu’elle lui portait. C’est assez étrange de n’avoir plus de parents sur qui compter au début de l’âge adulte. On se fait tout seul, sans repères évident, à un moment ou « l’entrée dans la société », et les choix qui la motive sont très important. J’aurais aimé parler de mes décisions avec mon père, ma mère est revenue trop tard, autour de mes 32 ans, pour mourir 5 ans plus tard, à une date exacte dont je refuse aussi de me souvenir. Patrick, le SDF, n’as pas d’histoire particulière, la copine qui le quitte, pas de travail, la rue. Je ne pense pas que je supporterais encore la rue, pour le peu que je l’ai connue. Faire la manche assis à côté d’une église, dans le métro, ou ailleurs. Et le pire est que je le faisais de ma propre volonté. Je fuguais beaucoup, parfois avec des amis, parfois seul, parfois utilisant l’excuse de relations inexistantes pour dormir à Paris et faire ma vie. Après avoir reçu une éducation hippie, je me retrouvais avec un aristo et une fille de général d’armée qui ne voulaient pas de moi. J’avais besoin de respirer, et même l’air des pots d’échappement me semblait plus saint que la puanteur omniprésente de l’usine d’éponge de Beauvais. « Tiens, ça sent Spontex aujourd’hui ». À force, j’ai fini par me faire mettre dehors, et j’ai connu les cités, le foyer Sonacotra, et le grand banditisme des tours délabrés de la ZUP du coin, un cutter sous la gorge pour me faire taire : un mec avait décidé de squatter ma chambre de 9m2 que j’avais bien du mal à me payer en distribuant des prospectus, et avec le peu d’argent que me donnait mon père et que je me faisait parfois dépouiller…

Hier, je discutais avec un ami de la France des années 80, des groupes de punks, de skins, de redpunks, des bandes organisées dans les banlieues et dans les villes de province, de la vraie insécurité qui régnait alors dans certains quartiers à risques. Je ne sais pas si cette insécurité à beaucoup changé, elle descend moins sur la capitale, semble moins organisée, mais est peut-être plus dangereuse. Je n’en sais rien à dire vrai, le temps ou je faisais du stop du côté de la banlieue nord est loin derrière moi, mais je suis quand même content d’avoir connu, et vécu, cette époque. « J’aurais pu mal tourner » comme Leitmotiv, au lieu de quoi je suis parti aux Etats-Unis, me suis marié, revenu, co-fondé un mag de skate, un magasin, un projet dans une galerie, une autre boutique, et petit à petit, suis devenu « artiste ». Je n’ai pourtant jamais oublié la rébellion de ma jeunesse, le refus plutôt qui m’habitait devant « ce monde de merde que l’on me proposait ». J’ai fait mes choix, sans jamais rien demander à personne, ou très rarement. Je n’en suis pas fier, c’est comme ça.

En parlant à Tanger avec ce bandit, j’ai réalisé qu’une vie est pour beaucoup faite d’enchaînements de circonstances qui amènent d’un point A à un point B, sans qu’on puisse y faire grand chose. Certains sont plus vernis que d’autres, certains ont plus de force, certains se laissent juste guider par cette force qui les dépasse et qui n’est souvent que leur absence de choix. J’ai choisi ma vie, en réaction avec ce qui m’arrivait. « Comme Zelda, je savais que j’avais un certain nombre de choses à accomplir pour réaliser mon destin ». Faire ce pourquoi j’avais été programmé avec une mère hippie-nihilo-situationniste, un père aristo journaliste communiste, une belle-mère lesbienne artiste peintre, et un beau-père architecte, droit comme les maisons qu’il rêvait de construire. C’est mon beau-père qui m’a sauvé de mes mauvais choix en insistant au fur et à mesure des années sur les vertus salvatrices du travail qui est pour lui autant liberté que devoir. Même s’il n’a jamais été d’accord avec mes choix, ni ne les a vraiment supporté, sa présence rassurante a suffit à me faire vivre. L’importance de l’éducation est tellement déterminante, ce qu’on met dans nos têtes comme dans « le meilleur des mondes » avant nos dix ans, nos quatre ans, à notre naissance. Y a t-il une “irrémédiabilité” de la vie quand on ajoute à cela des choix importants et différents ? La rébellion contre les dieux.

Je viens de finir un livre plus ou moins intéressant sur l’évolution religion, et me suis particulièrement intéressé à la religion à laquelle s’était convertie ma mère. Les différences entres Sunnites et Chiites, Hanbalites Wahhabites et Soufistes dans l’Islam, m’a passionné comme plus tôt la querelle iconoclaste, le protestantisme, l’église orthodoxe et réformée, pentecôtistes et reborn christians dans la Chrétienté. Jésus au cœur de notre culture, comme Mohamed pour les arabes. Pourquoi ma mère, pourtant très proche de l’indouisme et de l’animisme, avec ses salutations au soleil, aux plantes, et aux objets, avait-elle choisie de devenir musulmane ?

Et moi entre neuf et douze ans passionné de mythes et de légendes, et fou de L’Iliade et de L’Odyssée (version pour enfants) que j’ai bien du mal à lire aujourd’hui.

Qu’est-ce qui forme un destin ?

L’évolution d’une pensée ?

Le fameux « mana » des sociétés premières, la force de Luke Skywalker, l’éveil bouddhiste de Siddhârta et Demian, les drogues de Castaneda, Jodorowsky et Huxley. Je n’ai jamais essayé les drogues ni ouvert mon troisième œil à coup de LSD, extas, et autres merdes. Trop perdu de potes scotchés des raves des années 80, les dents rongées par l’acide, piercings dans la casquette, un chien plein de puce pour tout guide spirituel. Boum, boum, boum.

J’ai récemment décidé de faire de l’art, après avoir abandonné le skateboard pour le vélo à pignon fixe.

En 2004, je rédige, à la campagne, le manifeste de l’art posthume : je rêve de changer les choses, de poser une petite bombe dans le monde de l’art contemporain. L’expo ressemble à un squat dans l’ancien hôtel particulier de Molière. C’est à la fois une réussite et un échec. Le manifeste circule, fait des émules, mais n’est absolument pas relayé par la presse. Sommes-nous trop tôt, trop tard, ou tout simplement à côté de la plaque ? Avant cette exposition, j’ai toujours refusé d’exposer en galerie. Le lieu en est proche, mais pas tout à fait, et puis, il y a toutes ces œuvres qui s’empilent dans ma chambre. Il est temps de montrer mon travail. La galeriste Patricia Dorfmann me fait du pied et je décide d’inviter les gens au « spectacle de ma vie » en montrant dix ans de création autour d’une reproduction à l’échelle 1 de ma chambre de 15m2 dans un cube blanc à l’entrée de sa galerie, que j’ai complètement modifié pour l’occasion. Le soir même, pendant le dîner de vernissage, je m’échappe avec une fille que j’attrape par la main devant tout le monde, sans un mot, pour la conduire dans la chambre au premier étage du loft dans lequel nous mangeons et faire l’amour, sauvagement bien sûr, pendant quelques heures, avant de redescendre affronter mes futurs collectionneurs, qui, évidemment, nous ont attendus. C’est un de mes meilleurs souvenirs « artistiques ». Par contre, devant la profusion d’œuvres, les dits collectionneurs sont très embêtés. Comment acheter la trace brutale d’un vécu qui n’est pas le leur ? Patricia est incapable de me vendre à hauteur de mon engagement, et l’expo, pourtant noire de monde durant les deux mois qu’elle reste installée, est un échec commercial. Me compromettre avec le système m’aura quand même permit d’être enfin officiellement considéré comme un artiste, et la sensation, quoique d’une certaine manière avilissante, n’est pas sans créer autour de moi « un buzz ». Tout ce que j’ai fait avant, de la ballade en tank illégale dans le Marais du temps de l’épicerie, à mon installation dans les vitrines du printemps, en passant par mes différentes créations, est enfin passé au crible de l’art. Mon pari d’exposer en 2010 à Beaubourg devient une réalité possible pour mes proches qui se mettent à croire en moi, mais alors pourquoi ais-je l’impression de m’être tiré une balle dans le pied ?  En continuant d’agir en dehors de toute institution je gagnais en respectabilité ce que je perdais en réseau, en m’institutionnalisant je dois faire avec les lois du marché et cela ne m’intéresse absolument pas. Le dessin, d’une certaine manière, vient me sauver. J’ai trouvé un produit, mais ce produit, comme tous les produits m’ennuie.

Puis je tombe amoureux et je pars en chine retrouver ma très belle et talentueuse Suédoise qui a trouvé du travail dans la terre du milieu. Enfermé la moitié du temps dans son grand appartement d’ambassade, protégé par les flics et l’armée, surveillé comme tous les étrangers le sont, dans tous les pays du monde, j’accouche d’une série d’une quinzaine de grand dessins, magnifiques, qui sont très au dessus de ce que j’ai fait jusque là : le produit est arrivé à maturité. Il est simple, évident, direct. Il parle de moi, évidemment, mais pas seulement : du déclin de l’empire américain, de la montée du capitalisme à la chinoise (très emprunt de communisme), des films américains dans lesquels je vole à la fois les images que j’utilise, et des citations que j’utilise à contre sens. En n’utilisant pas mon vécu comme ciment de mon œuvre, je le dépasse. Bien sur il est question de ma vision du monde, mais celle-ci n’est plus au premier degré. Je viens de perdre ma mère, et ce nouvel échec, après avoir passé 5 ans de ma vie à essayer de l’aider à se remettre de cette société du spectacle qui l’avait brisée, me permet, lui aussi de prendre des distances sur ma rébellion adolescente. J’ai trente huit ans, et il est temps d’apprendre à me vendre de la meilleure manière possible. Si je suis socialement artiste, alors il me faut accepter d’entrer dans le système, si je ne veux pas que l’on me retrouve un jour, enfermé dans ma petite chambre avec sur la porte la phrase favorite de Maryse écrite au marqueur : « bienvenue à l’impasse de la lucidité », détruit par ce que je voulais combattre.

Dans la grande galerie aux murs blancs, mes dessins font un carton. « Je vends tout ». J’ai, pour cela, accepté de faire une expo minimale, sans manifeste, une place minimum laissée à l’art posthume, autour d’une œuvre que je ne vendrais pas ou j’écris « souviens-toi de Maryse Lucas ». Bizarrement mon public ne s’y trompe pas, et je reçoit, comme un cadeau, le plus bel article que l’on n’ai jamais écrit sur mon travail. Mais pourquoi alors suis-je si déçu ? Terriblement déçu. Je sais que cette expo est la fin de quelque chose, et non le début d’une nouvelle aventure. Dix dessins pour mettre fin à une pratique d’une vingtaine d’années. À 4000 euros pièces, ce n’est finalement pas grand chose.

Mais il me faut tenter un nouvel essai, me réinventer une fois de plus. Il y a dix ans que j’ai l’idée de réaliser une installation faite de cubes, contenant des pièces en rapport avec les différents âges de ma vie. Dans le premier, ma fameuse chambre reconstituée à échelle 1, la même que j’avais montré chez Patricia. Dans le second, une chambre d’hôtel, la peinture innocence accrochée au dessus du lit, visible derrière une vitre de « salon de relaxation » de type Pipe show, une phrase de David Lynch sur l’extérieur du cube : « L’attitude d’un homme détermine ce qu’il sera », et une musique d’ambiance des Velvets : « But if you close the door I will never see the day again ». Dans le troisième, un chambre d’étudiant montée comme un décors de théâtre, des litres de peintures blanche seraient vidées sur du mobilier habitat, et, dans des cadres noirs inscrites les valeurs de la société. Ma peinture comme environnement en soi.

Pour réaliser ces installations il me faut un espace immense, et des budgets soi-disant colossaux. Patricia refuse de me suivre sur ce projet, et je trouve, en périphérie de Paris un espace privé qui pourrait être intéressé à montrer ce nouveau travail. Ma galeriste foire le rendez vous en insistant sur le fait que : - C’est trop cher, invendable, « voilà dix ans que je veux lui refourguer ce projet », pourquoi ne pas montrer des dessins déjà, au moins ça vend. Quand à mon idée de mêler la folie joyeuse de l’art posthume à ces installations, ce n’est même pas la peine d’y penser. L’art posthume, c’était hier, pas la peine d’en rajouter, la cour est pleine, un autre échec ?

Bizarrement on continue de nous parler de l’art posthume aujourd’hui, alors qu’Aleksi se rapproche de plus en plus d’une carrière de dessinateur et Daniele de Photographe « professionnel ».

Ce manifeste auquel chacun de mes actes sont liés :

« Notre paresse nous pousse à préférer l’amateurisme au professionnalisme du rien. Il y a une raison à ça. / « La paresse est la vérité effective de l’homme ». / Le travail n’est acceptable qu’extrême, car travailler, c’est se retirer de la vie. / Le métier, c’est le savoir-faire de l’artiste qui va travailler une attachée-caisse dans le cerveau, et un chèque dans la poche. / Nous n’acceptons le métier que dans le cadre de l’erreur qu’il représente, en particulier comme en général. / L’acte d’amour est plus important que la jouissance, c’est pourquoi, dans notre système de pensée, la femme aura toujours plus de poids que l’œuvre qu’elle a inspirée. / Dans les musées, nous préférons regarder les femmes que les peintures. / En art, comme dans la vie, on a besoin de vérité, pas de sincérité. / L’éthique gifle la morale comme la foi se doit de vomir l’espoir, ils ne sont pas compatibles. / Vos doutes ne sont pas les nôtres. / Nous n’avons que cette certitude que vous nommez égoïsme. / L’égoïsme (au même titre que l’individualisme, le dadaïsme, le situationnisme, ou n’importe quel « isme ») ne vaut que s’il est partagé. / À l’imitation, nous préférons l’original. Il vend mieux ! / Ainsi nous préférerons Coca à Pepsi, le tatouage au body art, les tricheurs aux menteurs, Elle à Art Press, et Hustler à Purple, ils avancent à visage découvert. / L’authenticité, d’aussi mauvais goût soit-elle, finit toujours par payer. / Nous croyons au mauvais goût du public dans la durée. / Lui seul à une chance de changer le monde. ».

Le destin, qui n’a rien à voir là-dedans, me ferme les portes de l’évolution. Patricia sans le savoir peut-être, vient de mettre une intention claire sur ce qui me débecte le plus dans l’art : faire de l’argent compte bien plus que les idées qui sont à la base de la pratique qui permet de s’enrichir au delà de la simple valeur physique des choses. Être connu pour une expérience veut-il dire que l’on doit accepter de s’y enfermer « puisqu’il faut bien manger » ? Dessiner en série puisque cela marche. Ne pas faire les choses parce que c’est bien trop de risques. Et « la vision de l’artiste » alors ?

Daniele photographe, Aleksi dessinateur, Artus artiste, sans compter Édouard le clipper, et Anna devenue productrice en galerie. Chacun sa case pour plus de clarté sociale. Laisser ses rêves derrière soi. « Celui qui n’a pas de radeau est sur de couler », disait aussi Maryse, ma mère.

« Être multiple et agir dans tous les domaines

nous permet de nous imaginer libre.

Nous affûtons paraît-il déjà les couteaux qui nous tuerons plus tard. ».

Encore le manifeste.

Je décrète donc que je ne ferais plus d’art et me lance, tête baissée, dans le cinéma. Là au moins les choses sont claires. Il n’est pas question de la pureté illusoire d’idées inscrites dans une histoire contemporaine de fric et de succès qui ne m’intéresse pas, mais de rentabiliser une idée, d’entrer dans le marché du spectacle assumé comme tel.

Le court métrage que je réalise avec mon ami David Ledoux (un grand merci à lui) avec les cendres de ma mère (artiste d’un jour artiste toujours) est un grand succès, il m’ouvre, peut-être, les portes du grand cinéma avec un projet de fiction. Là aussi, en dépassant le personnel et en me lançant dans la fiction, la question se pose de savoir si je gagnerais en lisibilité et en efficacité, comme je l’avais fait avec mes dessins, déjà loin derrière moi. Je veux bien accepter de dessiner pour des magazines, ou de la pub, mais cette série que j’avais réalisé en Chine, n’avait rien à voir avec cela, elle était proche de ce grand art que j’avais cherché toute ma vie. Dommage ? Rien n’est dommage tant qu’il est assumé, même l’entrée dans le marché ? Il faut continuer de refuser ce qu’on ne peut accepter, jusqu’au bout, et cette posture seule, car elle n’est pas une simple posture, à valeur à mes yeux. La façon dont on fait les choses lus que les choses elles-mêmes.

Évidemment je pense à des peintures, d’autres dessins, des installations, mais accepterais-je de me professionnaliser ? Dans un livre sur la bande à Baader je lis :

« La mise en évidence du sujet révolutionnaire tel que la RAF l’a mis en acte, soustrait aux contraintes du nombre (on n’est pas assez nombreux), du lieu (ce n’est pas le bon endroit), du temps (ce n’est pas le bon moment), de la pédagogie (va-t-on nous comprendre ?), peut servir de point de repère à ceux qui n’acceptent pas cette défaite subjective et qui veuelent avoir une pensée et une action subversive sur le monde qu’il faut changer. » (Anne Steiner & Loïc Debray).

Qui veut agir agis, toujours.

Mais qu’est ce que je fous à lire maintenant des livres sur le terrorisme ?