Dream is destiny

Attention aux Paparazzis / Photo Tanguy Loyzance

Rêve

Je suis en moto. Je file comme un fou, grille les feux rouges, prend des rues en contresens, file sans me soucier de rien ni de personne. Les rues sont désertes comme après ou avant une manifestation. Des flics me sifflent. Je ne m’arrête pas, tourne, évite, slalome, croit échapper. Lorsque je me gare pour aller manger à l’habituel restaurant chinois, non loin du carrefour désert des arts et métiers, une fliquette sort de nulle part et m’interpelle. Elle veut me verbaliser pour une somme monstrueuse que je n’ai pas. Je fais le bête. Je ne savais pas. Je n’avais pas entendu. Ah bon ? On m’a sifflé ? Oui, je suis en tort mais il n’y avait personne. En plus j’habite le coin. La fliquette ne veut rien savoir. Elle doit me verbaliser, mais ce sera moins cher si je paye de suite. J’essaye de négocier. C’est impossible. Je raconte que je ne fais de mal à personne, que c’est la moto de mon père qui vient de décéder, qu’avec les rues désertes un immense sentiment de liberté m’a pris. Que je profitais du silence pour tester la moto que je n’avais jamais essayé (d’ailleurs ais-je le permis ?). Une grosse moto noire, malhabilement peinte à la bombe mate. Je dis que je suis étudiant. Baratine encore et encore. La femme est inflexible. Quand nous arrivons au distributeur il y a déjà quelques minutes que je me suis tu. Je demande quand même une dernière fois : « alors, c’est combien » ? Tout en sachant que le prix annoncé n’est déjà pas cher au vu de mes fautes avérés, que l’on aurait pu me confisquer l’engin, me mettre en prison pour conduite dangereuse, découvrir que je n’ai aucun papier, et surtout me reprocher mon délit de fuite…

Au moment de faire le code, la fliquette annonce : « Allez, je te fais un prix, à cause de ton père ». « Et puis, tu es jeune, je sais ce que c’est…. ». Je suis d’autant plus surpris que nous commençons à discuter en nous dirigeant vers un coin obscur. La femme me raconte sa vie, un peu comme une grand-mère, ou une femme du quartier. Il me faut écouter, à cause de l’amende dont je n’ai payé qu’un tiers. Je m’ennuie, suis gêné. Même si, d’une certaine manière, la fliquette est touchante, la situation est clownesque, mais je ne peux pas partir. Plus maintenant. Trop tard.

La fliquette vient d’acheter mon droit à écouter son histoire…