Revolutionary road
« L’aventurier n’est pas celui à qui il arrive des aventures mais celui qui les fait arriver ».
Peut-on considérer « les aventures du quotidien » comme de réelles aventures ? Un film, un livre, une discussion avec un ami, une ballade ?
Bloqué au café à attendre un ami, Internet ne marche pas, je suis comme perdu. J’ai envie de vivre pleinement ma vie, plus de la perdre, ne serais-ce pour me sentir libre. Et pourtant on ne peut pas dire que je ne vive pas pleinement chacun de mes états. En ce moment une petite déprime passagère teinté de cet optimisme indéniable qui me définit si bien. Demain quoi ? C’est toujours autre chose que je cherche.
Et si tous ces textes n’étaient que des examens de conscience ?
J’écris des bribes de phrases, incapable de consigner autre chose que des débuts de… Nous sommes déjà le lendemain. Je suis assis chez ma nouvelle copine que j’adore devant un thé et un croissant qu’elle est allée me chercher à la boulangerie du coin. Je me sent fatigué, j’ai un sale torticolis, et la pub commence à s’intéresser à moi. C’est dire que tout va mal ! Mes genoux, après des années de skateboard et six mois de pignon fixe me font atrocement souffrir. Une dent à faire arracher depuis cinq ans suite à coup de planche, et des lunettes à changer depuis plus d’un an me font penser qu’à trente huit ans passé, je suis encore incapable de m’occuper de ma santé « qui commence à vaciller avec l’âge ». Putain, dans un an et demi j’aurais quarante ans ! Je regarde de façon ironique mes Jeans élimés, et les quatre pulls qui se battent en duel dans mon placard en rêvant de nouvelles fringues que je n’achèterais sans doute pas. Je ne crois pas aux fringues.
Depuis quelques jours je sais que le film que j’ai tourné avec David, sorte d’hommage posthume à ma mère, sera projeté à Beaubourg pour le festival hors pistes le 28 mars prochain. C’est une consécration paraît-il. Une étape de plus. Moi qui rêvais de Beaubourg…
J’ai maintenant trois projets de films : un remake de « The party », sur les branchés, mon long sur cet homme envoyé par les extra-terrestres pour juger l’humanité, auquel personne, ou presque, ne croit, puis un film de « cinéma vérité » ou je mettrais en scène ma vie de tous les jours, comme j’en ai l’habitude et ne veut plus faire. Maintenant que j’ai une « signature ». Sans oublier un court métrage très drôle avec Jennifer Eymere avec qui je viens de passer une semaine de haute couture mouvementée, et que j’ai re-découvert après une amitié lointaine de plus de dix ans.
Liste de choses pour remplir une vacuité crasse de l’engagement ?
Quoi d’autre ?
Une semaine dans la neige à se balader sur les hauts plateaux d’Auvergne tous frais payés par le festival du court de Clermont Ferrant et mon agent. Une semaine à bien manger, à respirer le grand air, et à voir des paysages magnifiques s’étirer à l’infini devant nous, David et Artus, jeunes réalisateurs dans le vent… Repérages, photos, fous rires et amitié.
Puis le retour à Paris, et, malgré le travail, le train train qui reprend le dessus. Cinéma, livres, pots avec les amis, ballades. « Incapable de ne pas faire ce que j’ai envie de faire » : c’est à dire rien et tout. Je me penche sur ce putain d’ordinateur et continue mes listes de projets. Une expo ici, une autre là, quelques idées de peintures, pas grand chose à écrire, tout à penser. Et les dessins, ces fichus dessins, quand même fier de ma pub couleur pour G-Shock dans Clark magazine et de la prochaine couv de Blackpool. Street culture. Reconnaissance de quartier. Il paraît que je suis de plus en plus connu, identifiable. Même mon idée de changer de médium semble marcher. Du dessin au ciné, pourquoi pas…
Mon producteur me dit : « tu sais Artus, il y a d’un côté les réalisateurs qui savent raconter des histoires, et de l’autre ceux qui ont quelque chose à dire. Toi tu es plutôt du côté de ceux qui ont des choses à dire… ». Une vacherie quand on sait qu’il n’est absolument pas intéressé pour produire mon histoire d’extra terrestre, mais une jolie ouverture pour mes nouvelles autofictions. Voilà bien un terme que je déteste d’ailleurs : autofiction. L’autofiction me paraît si loin de cette vérité que je cherche. Mon père avait l’habitude de dire qu’il faut « connaître avant de nier », en bon aristo qui se respecte (il essayait de m’expliquer qu’il n’y a rien de pire, en terme de bonne manières, que de tremper son croissant dans son thé, par exemple, mais qu’une fois qu’on le sait « on peut bien faire ce qu’on veut », même si rien ne l’exaspérait plus… Par contre les miettes sur la table, ça, c’était juste impossible !). Je pense de plus en plus qu’il y a toujours deux façon d’arriver au même résultat. De la sincérité à la vérité, ou de la vérité à la sincérité, c’est la part des choses qu’il faut apprendre. Et si on la refuse. La lutte armée ? Mais comment accepter l’idée même de tuer quelqu’un quand on se bat pour la liberté et l’amour ? Parler de soi pour parler des autres ou parler des autres pour parler de soi ? Je continue de rêver d’engagement, l’engagement artistique me suffisant de moins en moins. La clandestinité, le low tech, les téléphones portables, les ordinateurs…. Que sera le mouvement dominant des années 2010-2020 ? Après les hippies, les punks, les yuppies, les new wave, les skateboarders, le grunge, les branchés ? De Sarkozy à Besancenot avec son Nouveau Parti Anticapitaliste. Toutes ces bouffonnades ! Anarchie !
Travailler pour donner du sens à sa vie ou parce qu’on s’ennuie ? « Les noces rebelles » en tête. Toutes ces phrases de film. L’écran noir puis blanc, les couleurs, les formes, les pubs, le titre, le film, le générique. Salut.

