GET AN AFTERLIFE !

Luis Salazar, détail, Galerie Crèvecoeur, 30 rue de Malte 75011 Paris. Jusqu’au 21 mars 2009.

« You just want things to be resolved to get your simplicity back »…

Je ne sais pas pourquoi cette phrase ne cesse de tourner dans ma tête depuis quelques mois. Elle est issue de la bande annonce du film « Doute » que je n’ai pas vu. Et puis cette autre, non moins étrange : « Je suis un skateur, je suis un skateur ». J’ai bien essayé le vélo, j’en fais même presque tous les jours, mais ce n’est pas pareil. Ma façon d’appréhender le monde est complètement lié au skate. D’abord apprendre, ensuite essayer, puis se lancer, faire semblant un ou deux coups, mais pas simuler, c’est là qu’on se fait mal, tomber, essayer encore, réussir, toujours à la fin, apprendre de ses chutes, progresser, jusqu’à atteindre une certaine fluidité – ou pas.

« You just want things to be resolved to get your simplicity back ». Quelles choses ? Pour quel mal de vivre ?

« Comment alors justifier la pratique commune qui pour comprendre le présent veut qu’on remonte dans le passé, lorsque plus loin  on va dans le passé, plus dérisoire semble le présent ? Car, si l’on y trouve de telles lumières, leur sens profond devrait être que le présent est dénué de signification particulière. » (Russel Banks in « Hamilton Stark »).

Le skateboard… Presque 28 ans de ma vie. Je me suis acheté des trucs Ace, ceux qui tournent bien et sont fabriqués en chine avec le moule original des Indy. Doit-on tout sacrifier au design ? Les Indy, qui sont les plus beaux trucks du monde, les plus authentiques, ne tournent plus.

« Ceux qui peuvent agissent, et ceux qui ne peuvent pas enseignent » (Banks, « Sous le reigne de Bone »).

Il fut un temps ou je skatais jusqu’à huit heures par jour, deux heures minimum, et ce jusqu’à mes vingt sept ans, puis est venue la longue décadence, l’entrée dans le marché. Je venais encore parfois m’asseoir à la fontaine des innocents, regarder mes anciens potes tourner en rond, faire semblant de skater trois ou quatre minutes, juste le temps de faire mon run fétiche, ollie, ollie flip, rock slide, trois six flip, shove it front, shove it back, nollie big spin, switch pop shove it front, switch trois cent soixante, switch cent quatre vingt, no comply trois cent soixante, big spin reverse, slide trois cent soixante, power slide, écouter le bruit de l’eau, regarder les touristes, et repartir heureux.

« Le vol n’est qu’un délit, mais la trahison en amitié est un péché. Comme si un délit était une action qui, une fois accomplie, ne nous change pas à l’intérieur. Mais quand on commet un pêché, c’est comme si on créait un état dans lequel on est obligé de vivre. C’est pas dans le crime que vivent les gens, mais dans le péché. Je ne sais pas si ça marcherait : j’étais un novice dans cette histoire de crime contre péché, mais je devais essayer. J’avais déjà assez d’expérience dans la criminalité pour savoir qu’on ne peut pas défaire un délit. Même un délit qu’on dit mineur. Quand c’est fait c’est fait. Mais un péché, ce genre de truc peut durer pendant des années qu’on en soit puni ou pas. J’espérait pouvoir le dé faire. Même si pour ça il fallait passer par un délit. Ou plutôt une espèce de délit. » (Banks, « Sous le reigne de Bone »).

Puis il y a eu les trahisons répétés, les grandes réflexions sur la vérité et la sincérité, l’éthique et la morale, le jour où les choses se sont posés et ont gagné ce caractère immuable qui est à la base de ma personnalité. Au moment ou je cessais d’apprendre de nouveaux trics en skateboards, mes décisions d’artistes s’inscrivaient dans la durée.

« Ollie, ollie flip, rock slide, trois six flip, shove it front, shove it back, nollie big spin, switch pop shove it front, switch trois cent soixante, switch cent quatre vingt, no comply trois cent soixante, big spin reverse, slide trois cent soixante, power slide ».

Ceux qui n’ont jamais fait de skateboard ne peuvent comprendre la magie de cette répétition là. Le passé, l’autre monde, le souvenir toujours présent et actuel.

Rechercher dans le passé les solutions du présent.

Quand suis-je devenu prisonnier de mes choix ? Quand le concept de faute est-il entré dans ma vie ? « Il y a d’un côté ce que l’on peut faire et de l’autre ce que l’on doit faire. Ce que l’on peut, et ce que l’on ne peut pas. D’un côté le destin, de l’autre le libre arbitre. Dieu qui n’est ni bien, ni mal, ni présence, ni absence, mais action. »

Depuis quelques temps, je n’arrive plus à écrire. Depuis ce texte sur l’engagement en fait. Il me faut faire un choix. Bientôt, vite. Ne pas croupir dans l’immobilité confortable de la réussite sociale qui m’importe aussi peu que ma première paire de chaussure (« Made for skate my ass »). Tout n’est que business, stratégie, réaction. Vraiment ?

Il ya quelques jours j’ai vu l’excellente exposition de Luis Salazar, un Argentin que j’avais exposé il y a quelques années à la boutique Levi’s, de retour pour quelques jours à Paris après des expériences que j’imagine difficiles dans son pays - si l’on en croit les quelques textes présents dans ses peintures et le titre de l’exposition : « Sale, moche, et sinistre ». Très proche de l’art brut ses œuvres m’ont remuées au plus profond de mon âme. Il y avait là une évidence, une force, un grandiose manque de recul, qui m’ont touchés plus qu’aucune autre exposition depuis des années. Comment dire ? Ses peintures étaient vraies et j’avais, j’ai, comme nous tous, peut-être même plus que nous tous, besoin de cette vérité dans ma vie aujourd’hui. La vérité du peintre et de l’artiste. Sans concession, sans second degré. Pure, mais absolument pas innocente. Tellement proche.

Il fait un temps superbe dehors. Je ne continuerais pas ce nouveau texte.

Mon nouveau scanner scanne, mon nouveau disque dur enregistre, mon vieux skateboard me sauve la vie.

Les projets, ce n’est pas tout.

« Now is the only things that’s real », sur un panneau, aux Etats-Unis, au milieu de nulle part. Pourquoi là-bas plutôt qu’ici ?