Street artist post situationniste branché ou tout simplement moi ?

« Posters en Vente à la Boutique » 

Exposition du 14 mai au 30 mai,  chez Lazy dog, 2 Passage Thiéré, 75011 Paris

 

Pour l’exposition « posters en vente à la boutique », que je réalise à la galerie Lazy Dog, le 14 mai, je décide de réaliser une performance ou j’entre nu dans l’espace, et déchire en quelques instants la majorité des œuvres, laissant apparaître derrière elles la phrase malhabilement écrite à la peinture rouge : «  Putain de consuméristes de monde de merde de consumérisme à la con de monde de merde (de mémoire) ». Pourquoi une telle performance ?

Ma mère m’avait dit un jour: « Là non on en parle plus de la société du spectacle, elle est finie, passée, terminée. Il n’y a plus de spectacle. Avant c’était l’excès, c’était drôle, c’était marrant, alors que maintenant… C’est la société des marques, c’est la société de consommation, purement et simplement. Il faut avoir tel pull pour être bien. Il faut aller dans telle fête parce qu’on représente… Quoi au juste ? Oui, en fait c’est la société du spectacle quoi… ».

Souvent on me décrit comme post situationniste, avec mes grands dessins noirs et blancs, mes détournements de phrases, d’images, et je ne suis jamais très à l’aise avec cette définition. J’ai toujours essayé de ne pas rentrer dans des cases. Oui je fais du skateboard, oui je suis branché, oui ma mère et Guy Debord on été très proches, et oui je suis issu de ces trois cultures, mais je me souviens surtout de l’effet qu’à eu un jour sur moi le carré blanc sur fond blanc de Malevitch, et de la petite révolution personnelle qu’il a généré. J’avais 16 ans, je volais les képis des flics et taggais les cars de CRS en roller, j’avais les mains sales et je bouffais des kébabs quand je ne piquais pas à bouffer ici ou là, à côté de la petite chambre dont nous avions fracturé la porte et que nous nous étions octroyés avenue de la grande armée… Ah, et puis aussi de temps en temps nous nous lavions dans les chiottes du Mc Do… Vraie ou fausse, cette histoire représente une partie de ma vie d’adolescent et de jeune adulte. Tout y est, la rébellion, la liberté et la marge, la culture junk aussi. Dix ans plus tard, je réalise que je ne suis pas passé loin de cette vie de petite frappe ridicule à côté de qui personne ne veut s’asseoir dans le métro. Où sont les petites frappes d’aujourd’hui ? En banlieue, une cagoule sur la tête ? Et nous, que sommes nous devenus ? Des faux punks attardés qui se sont fait avoir par le système ? Des grunges qui n’ont pas eu le courage de se suicider, des victimes passées de l’autre côté pour plus de reconnaissance sociale, pour être aimés et être enfin capable d’aimer ? J’allais presque oublier que j’étais né en 1970, avait vécu en Inde et dans les communautés, avant de me taper le pensionnat catholique et de sombrer dans ce que les années 80 avaient de plus sale : le désir de réussite. En 1990, sous forme de boutade, j’annonçais : « je serais riche et célèbre ». Quelle belle connerie. 20 ans plus tard on peu voir mon travail un peu partout, mes dessins sont à vendre dans les 4000 euros en moyenne, et j’ai même eu un film projeté à Beaubourg. Je fais un peu de pub, mais pas trop pour ne pas nuire à mon image, et commence à rêver de stabilité familiale. Que reste-t-il de ma rébellion ?

Une amie m’a dit que mon travail était très auto-destructeur, une autre que je préparais ma renaissance, j’ajouterais : dans le marché. « C’est qu’il faut bien vivre voyez-vous ».

Vivre. Si peu de gens savent ce que c’est que vivre aujourd’hui. Se mettre en danger. Ressentir pleinement.

Dans un magazine de skateboard je lis l’histoire d’un garçon qui a manqué de se retrouver paralysé après un saut périlleux en trampoline. L’histoire me touche profondément. Ce moment suspendu ou il a vu la catastrophe arriver. « Montrer-moi un piège et je me jetterais à corps perdu dedans ». Connaître ses limites, se connaître pour connaître l’autre et être honnête avec lui.

Après ma performance, je suis rentré sous une pluie torrentielle. En bas de chez moi, un artiste m’accueille dans sa galerie, il croit que je suis venu pour son exposition. Un cube flotte dans l’espace, support de lampes ultra-design qui s’allument et s’éteignent au rythme de la musique du groupe Air. Les quelques personnes présentes sont très bien habillées, l’ambiance est feutrée, et l’artiste, immédiatement, commence à m’expliquer le pourquoi du comment. Le moment est complètement surréaliste. Je viens de quitter un vernissage noir de monde, ou j’ai déchiré mes œuvres nu, et suis parti sans parler à personne, lui me raconte tout, très bien habillé, dans un lieu désert. Je lui dis, et l’artiste bloque. Pour détendre l’atmosphère, ne sachant pas quoi dire d’autre, j’embraye sur le carré noir sur fond blanc auquel me fait penser son œuvre. Puis je parle des craquelures, de la touche de peinture de Malevitch, mon héros, de la révolution de 1917 en Russie, du ballet « Victoire sur le soleil ». C’est une référence étrange qui nous rapproche alors que nous pratiquons tous deux des arts très différents. Je monte chez moi épuisé et comate dans le fauteuil, mon chat sur les genoux. Pendant la soirée j’ai reçu quelques texto d’insulte d’une amie très proche à qui j’avais dit que j’étais en train de tomber amoureux d’une autre. Dans la nuit cette « autre », me rejoins. C’est une nuit magnifique qui nous lie et nous surprend, inattendue. Une semaine plus tard nous parlerons de prendre un appartement ensemble, alors que je préméditais de commencer une nouvelle vie, aux Etats-Unis avec une troisième femme, et d’en faire un film. Cette nouvelle rencontre n’est pas une nouvelle invention d’Artus, mais une vraie personne que je pense pouvoir aimer longtemps et passionnément. Pourquoi ? Et quel rapport avec mon art qui est aussi ma vie. Aucun, ou tous ? C’est le concept qui déshumanise, non la réalité des relations et de nos actes. On me dit souvent que je mélange tout, que j’aime trop et trop souvent, que je suis toujours à fond dans ce que je fais. Comment cela pourrait-il être un reproche ? Je n’invente rien, je ne fais qu’affirmer ce en quoi je crois.

Qu’est-ce qui fait une vie ? Les rencontres ou ce qu’on imagine ou attend d’elles. Est-on le produit de notre éducation et de ce qui nous fait ? Ou de nos choix ?

Pourquoi ais-je déchiré mes dessins nu sans donner d’explications ? Je n’en sais rien. Je l’ai juste fait. Le reste, j’y penserais plus tard. Aujourd’hui je suis amoureux et cela suffit amplement à remplir mon quotidien. Pour le reste… Et bien pour le reste il suffit de regarder ce qui est accroché au mur, les œuvres reconstitués, qui cachent ces phrases dont je ne suis pas sûr, déjà, de bien me souvenir, « en vente à la boutique avec la vidéo de la performance ». Un témoignage brutal de vécu, ou un plan marketing bien conçu ?

Allez savoir.

« - Maybe you are lying to yourself. Did you ever thought of that ? »

« - Everyday »

Et si je n’avais jamais été aussi vrai ? Comme je l’ai toujours été.

 

PS/ Sur le carton d’invitation on pouvait aussi lire :

 

« Tout ou Rien (S’adresser en face) »

Galerie AAA et chez Corinne Cobson

Vernissage Jeudi 11 juin de 18h à 21h jusqu’au 21 juin

75 rue Charlot 75003 Paris

 

L’EXPOSITION : « Tout ou rien, vous adresser en face », fait référence à l’art conceptuel des années 70, et à leur engagement politique… Elle prend place entre la galerie AAA et l’Espace  Corinne Cobson, et présente l’univers de l’intellectuel moderne qui a du mal à trouver ses marques dans une société ou l’image à bien plus de poids que les idées qui lui ont permis de naître.

 

A suivre donc…