New York part II
Ma copine est tombé par hasard sur un texte d’il y a quelques années ou je fais une liste de toutes les filles avec lesquelles j’ai couché et décrit nos relations en mots très simples, « suce bien », « femme de ma vie », « amie », « un peu conne »… Je ne me souviens plus des mots exacts et je n’ai pas envie de retrouver ce texte, perdu au milieu de mes 3300 pages d’archivage du quotidien. Quelques jours avant mon départ de New York, elle m’avait dit qu’elle me trouvait un peu fou, mais que ça ne la dérangeait pas. Je me demande comment elle va réagir à ces mots, toutes ces lettres, ces dérapages plus ou moins contrôlés.
Faire la différence entre la démarche d’artiste et la vraie vie. Y a t-il une telle différence ? Jessica m’a aussi dit que je parlais souvent de la même chose, comme d’autres avant elle, amis et relations, et que je devais évoluer, pourquoi pas parler de New York dans mon blog, décrire d’autres aventures. Il y a longtemps, j’avais noté dans un carnet : « Des autres je ne connais que moi ». Comment parler de ce qu’on ne connaît pas, et puis, je ne sais pas, c’est moi, ce que je fait.
Cela dit, il y a certainement parmi tous ces textes des choses que je n’assume pas ou plus, des choses qui me dérangent, mais n’est-ce pas justement tout l’intérêt de ne faire aucune sélection à une époque ou l’élitisme le plus irritable met des limites à tout, crée des échelles de valeurs, et des frustrations inavouables : n’être pas assez bon, pas à la hauteur, effacer toutes les imperfections, se fasciser de plus en plus.
Dans « La dernière bande » de Samuel Beckett un homme revient sur son passé et le commente. C’est une pièce magistrale (particulièrement quand elle est interprétée par Michel Simon). On me dit souvent que je confonds les choses, que tout ce que je vis se trouve à la même échelle, que je m’emballe trop. « Que vaut une vie si elle n’est pas vécue », reste mon invariable réponse. Comment reprocher à quelqu’un de trop s’emballer ? Vivre le plus intensément possible ; mais cela ne veut pas dire que je ne sais pas. Je sais généralement très bien ce que je pense, ou sont mes priorités, mes échelles de valeur, les gens que j’aime, un peu, beaucoup, passionnément… Mes fameuses listes.
A New York je pense encore à moi, mon œuvre, ma vie, mais y pensais-je vraiment ? Un sentiment très simple d’amour m’habite. Comment sortir de mon quotidien, de mes habitudes, de ce qui me fait moi justement. En allant de l’avant ? Dois-je pour autant cesser d’archiver tout et n’importe quoi quand je continue d’être persuadé qu’il y a une certaine beauté dans ce geste compulsif qui m’habite. La cabane de « clochard », de ma dernière installation. Ce qui m’importe plus que tout, cet hommage vibrant à tous ceux que j’aime et qui m’aiment, aux autres aussi. La beauté du partage. La sensibilité extraordinaire de beaucoup de mes proches, leurs vies. La mienne.
Un ami me parle de sa fille en même temps que j’écris ces mots, de ses problèmes de couple. Je lui avoue :
« et tu as accompli là un truc dont je ne fait que rêver, moi l’instable, toujours en mouvement, toujours à courir après la vie, la nouvelle expérience qui nourrira mon oeuvre. Et en même temps avec de vrais sentiments, de vraies rencontres. Ah ! La vie ! »
Fou ? Non je ne crois pas… Ou une folie très calculée ? Et si j’étais vraiment un peu malade ? Artiste ? La belle excuse…
Les rues de New York m’appellent. J’y vais.

