Pornographie
Whitney 6 JUIN 2009 À 14:29 Et bien, moi, tes affiches me font trop penser à l’américain là, Lishen je ne sais pas quoi ! Je n’y voit aucune patte perso ou originale. Ca ne m’étonne pas que tu aies besoin de te foutre à poil pour faire exister un minimum ton “travail”. De ton témoignage à la Christine Angot pour théoriser ce que tu fais, je retiens : j’ai grandit dans un milieu coolos avec une mère chanmée, j’ai voyagé, vécu comme je le voulais, pas de gros soucis, mes resucées des 80′ plaisent aux branchouilles qui trouvent là une alternative aux tablos Ikea et autres merdes picturales habituelles encore plus laides, plein de filles me courent après et à 40 ans je vais me poser parce que je suis aujourd’hui un adulte. Cependant je ne sais plus vers quelle rébellion me tourner, une raison à cela : je n’ai jamais vraiment TRAVAILLÉ.
Ykygalore 26 JUIN 2009 À 14:15 Whitney tu as le droit de ne pas aimer cependant tu ne sais que ce qu’Artus veut te faire croire de sa vie et tu es à côté de la vérité. Il est toujours plus classe de dire que les gens qu’on a perdu étaient chanmé afin d’en laisser cette image aux autres ou pour soi-même. Quelle importance que ses affiches ressemblent à Lichtenstein ? C’est bien Artus qui les as dessinés, saurais-tu le faire ? Artus ne peint pas pour être reconnu comme un grand artiste mais simplement afin d’immortaliser des moments de vie afin que nous ne partions pas que comme des grains de poussière et que nos vie aient peut-être apporter un petit plus aux autres, ou simplement eu une signification absurde, comique, héroïque peut importe, simplement quelque chose. Le simple fait que tu ouvres la bouche porte à conséquence, idem si tu écris. Ce qu’il fait ce n’est pas du Ikea et quand bien même ça l’était on s’en fout, tu aimes tu aimes pas, c’est un choix mais derrière Artus il y a un mouvement : le skate et une philosophie : l’art posthume. Quand au fait de n’avoir vraiment travaillé qui a dit que le travaille voulait dire passer 8h derrière un bureau ? La vie par elle-même ne t’a t elle pas plus apporté que l’école ou un travail ? Artus sait vers quelle rébellion se porter je présume que c’est l’impossibilité de vaincre la mort.
Gey 1 JUILLET 2009 À 17:33 J’ai l’impression de voir un “happening” de première année des beaux arts. Je trouve cela ni pertinent ni même rock’n’roll. Mais sans doute que sur place j’aurais peut être trouvé cela amusant.
Artus 9 JUILLET 2009 À 13:33 C’est amusant de voir que ma dernière performance puisse faire un peu faire réagir. Comme je l’ai déjà écrit je ne sais pas trop pourquoi j’ai eu besoin de me mettre à poil et de déchirer mes dessins dans un lieu branché, pas plus que je n’explique les raisons qui me poussent à continuer de travailler dans cette optique « de première année des beaux arts », si ce n’est que mon « travail » se soucie peu de toutes ces critiques. Je fais ce que je crois devoir faire en rapport avec mon vécu et mes aspirations. Le vernissage suivant a eu lieu à la galerie AAA qui était « fermée durant la durée de l’exposition », et se déroulait en face (comme il était indiqué sur la porte) dans la boutique de Corinne Cobson, ou j’avais installé « une cabane de clochard » face à un écran ou on me voyait traverser Paris de dos en Pignon fixe, alors que des phrases issues de film surlignaient mes pensées. Pourquoi fait-on les choses ? Ou plutôt pourquoi fait-on toujours les mêmes choses. Des savants nous diront que le cerveau abîmé reproduit des schémas déficients au gré de liaisons électriques devenues redondantes à force de redites, des amis nous rassureront plutôt en parlant du travail maniaco compulsif de l’artiste en quête de reconnaissance, certains critiquerons une posture qui n’a pourtant rien de feinte, d’autres parlerons d’impossibilité de vaincre la mort. Les plus au courant feront référence au manifeste de l’art posthume qui annonce fièrement que « Notre paresse nous pousse à préférer l’amateurisme au professionnalisme du rien » car « La paresse est la vérité effective de l’homme (Blaise Cendrars) ».
Que « Le travail n’est acceptable qu’extrême, car travailler, c’est se retirer de la vie ».
Qu’ « Imiter nos pères pour mieux les dépasser n’est que justice leur rendre ».
Que « Notre identité n’a que faire de vos peurs ».
Que « La réalité de nos faire est notre meilleure justification ».
Et surtout que « Vos doutes ne sont pas les nôtres ».
Les plus jeunes parlerons de culture skate.
Mais tous auront besoin de parler.
Quand à théoriser à la Christine Angot, je ne théorise pas, j’écris des idées qui ne sont pas le support de mes œuvres mes leurs conséquences, une tentative de réflexion sur le faire, et de partage. Mon vécu n’a rien de resucé, et je ne souhaite mes années « de soucis » à personne. Cela dit j’ai effectivement toujours été libre de mes choix, pour autant qu’on le soit par rapport à son vécu justement. J’aime et j’ai aimé et, effectivement l’envie de me poser depuis quelques années me pousse à me questionner encore plus sur ce que nous offre la société en matière de « bonheur ». Je ne me crois pas exceptionnel, ni différent, même si je le suis certainement. Quand à mes dessins qui ressemblent un coup à ceux de Lichtenstein (par la taille), à ceux de Pettibon (par le contenu), ou à ceux de je ne sais qui (par le trait), ceux-ci, vu le succès qui les entourent, doivent bien toucher les gens pour une raison qui me dépasse moi-même et me pousse à continuer ; il ne faut pas sous estimer le désir de ceux qui nous entourent. Si mes velléités me dirigent plus facilement vers la peinture et une autre idée de l’art, ce n’est pas pour autant que j’en oublie, non pas le côté marchand de mon travail mais la générosité de l’échange. L’importance du regard de l’autre. Tous ces obstacles qui ne me mènerons jamais plus loin de moi-même que je ne l’aurais décidé (et c’est peut-être là tout le problème, mais qui sait, peut-être aussi là où tout se passe). Si ce sont « nos prétentions qui font de nous ce que nous sommes », alors autant prétendre en grand.
Et pour la première année des beaux arts, qui a dit que certains étudiants n’étaient pas déjà des artistes confirmés brimés par des maîtres qui ne comprennent rien ?
La certitude n’a rien de hasardeux, et elle mérite plus que jamais d’être exprimée, même si ses raisons n’en sont pas claires. Du moins pas encore.
L’insulte ne vaut rien, et certainement pas pour son caractère de possible.
Je suis aujourd’hui dans ma grande maison de campagne de Mayenne, après avoir déménagé dans un nouvel appartement, lui aussi très grand, avec ma nouvelle amie. J’ai effectivement bientôt quarante ans, ce qui peut-être considéré par certains comme l’âge de la maturité. Depuis quelques mois je me sens comme délivré, et si je comprend que mon étalage de vécu puisse déranger (il me dérange parfois moi-même) je ne sais comment, ni pourquoi – surtout pourquoi – je voudrais inverser le mouvement. A New York, j’ai lu cette phrase : « It is only when there is no turning back that the journey begins ( C’est seulement quand on a dépassé le point de non-retour que le voyage commence) ». Je crois que les grands artistes sont ceux qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes et de leurs croyances, quoi que ça leur coûte, mais en même temps je me pose la question de la limite entre l’art et la vie – pour autant qu’une telle limite existe puisque l’art fait partie de la vie et, selon moi, est la vie elle-même, ma vie en tout cas. J’ai passé quinze années de mon existence dans un misérable 15m2, je n’ai jamais fait de compromis, même s’il m’est arrivé de faire des concessions, et si j’ai eu souvent peur de ne pas avoir assez d’argent pour manger (« finir le mois ») je ne m’en suis jamais plaint. Ma vie, telle qu’elle a été vécue, a été choisie de bout en bout. Savoir si j’aurais pu faire d’autres choix que ceux qui m’ont mené ou je suis aujourd’hui, compte tenu de mon éducation et de mes croyances, est sans doute l’une des questions essentielles de mon existence, mais elle n’est pas la seule. Si je parle souvent de ma vie, je ne le fais jamais pour justifier mon art, ou pour l’expliquer, mais pour partager ce vécu qui lui est indissociablement lié. Ne prêtant que peu d’attention aux médisances qui m’entourent, et elles sont nombreuses, de mes proches comme de mes « ennemis », on peut dire que j’avance souvent en aveugle, n’écoutant que « ma vérité intérieure ». Savoir si je fais des erreurs ? Qui n’en fait pas ?
Maintenant pour ce qui est « des branchés », à dire vrai je suis de plus en plus heureux d’en faire partie. Qui n’aurait voulu participer à « la nouvelle vague », aux « existentialistes », aux « punks », ou autres mouvements des années passés, me jette la première pierre, je ne vois aucune différence entre ces groupes et ceux de notre époque. Je suis sans doute là ou je dois être, compte tenu de qui je suis. Je ne crée rien, n’imagine rien de nouveau, mais, comme beaucoup d’êtres de ma génération, sample, copie, réinvente sans aucune honte ce qui a déjà été dit, fait, et pensé. Je rêve de no-copyrights, pour que l’homme puisse enfin grandir en cessant de se battre pour une exclusivité ou une « nouveauté » qui n’a plus aucune raison d’être. Pousser plus loin ce qui a déjà été, annihiler la frustration de celui dont on se moque parce que son travail n’a rien de « novateur », ni de « créatif », parce qu’il est bien plus un artisan qu’un artiste. J’ai tellement de respect pour les artisans et je n’ai jamais caché mes références. Les maîtres et les élèves. Et derrière tout cela l’élitisme de classe qui veut que certains êtres soient jugés meilleurs que d’autres, en vertu de quoi ? Chacun son métier. Le refus du créateur d’être porté aux nues pour un « travail » qui n’en est pas un, son humilité, sa liberté, ses choix. Beaucoup de personnes mélangent création et innovation, mais qui a dit que la création devait être forcément innovante, ou supérieure ? Ceux là même qui décident qu’un être puisse avoir plus de « valeur » qu’un autre, et vilipender celui qu’ils ont jugé inapte ? Et puis, à une époque ou tout le monde se revendique plus ou moins artiste, n’est-il pas temps de considérer que l’art n’est jamais qu’une autre forme donnée au besoin de création de l’homme qui s’exprime dans tout ce qu’il fait, des mouches des pécheurs au logo du graphiste branché.
Il y a longtemps j’avais lu quelque part « Personne ne peut se targuer d’être le spectateur moyen de son époque ». Nous sommes tous différent, et c’est de cette différence, même dans la « copie », que vient tout ce qui fait la beauté de notre humanité. L’acceptation de l’autre dans ses différences ou ses similitudes. Le nazisme moderne. Mais qui sont ces fameux « branchés » dont nous parlons tant ? Des Bobos ? Des gens issus de classes aisés se prétendant bohèmes, ou des jeunes gens que les métiers de la communication, la société moderne, ont enrichis et réunis ? Malgré mes Ray-Bans, je ne suis pas un bobo, mais un aristo. Artus de… Vieille noblesse, pas nouveau riche. Se réfugiant dans la culture comme d’autres dans l’exploitation des nouvelles ressources humaines…
J’ai commencé le paragraphe précédent en parlant de mon déménagement dans un nouvel appartement sans spécifier qu’il se trouvait à Pigalle, entre les sex shop, les cars de touristes, Blanche et le quartier populo de la place de Clichy. C’est une délivrance. Toutes ces nouvelles odeurs, le mélange des genres et des personnes, le travello de notre rue qui offre une guitare à Jessica parce qu’elle lui a fait un sourire, les gros Américains qui montent les marchent qui mènent à Montmartre, le vieux qui pose ostensiblement ses DVDs pornos sur le comptoir ou nous prenons un café et fait des gestes obscènes dans notre direction, les morceaux de verre au sol, le très chic supermarché du coin… Loin justement des bobos du Marais, mais pas si loin de ceux d’Abesse ou de la rue des Martyrs. Paris change comme elle a toujours changé. Les jeunes chassent les vieux, les riches les pauvres, mais il reste quand même quelques ilots de résistance « où les gens comme moi » fuient. « Les gens comme moi », la belle blague. Que connais tu de moi toi qui m’insulte ou me regarde de haut ? Que fais-tu de ta vie. Que produis tu en dehors de ta bile ? De quel droit me juges-tu et sans doute juges-tu tout le monde ? Quel âge as-tu et que fais-tu de ta vie ? Je n’apprécie ni l’œuvre de Christine Angot ni le ton qu’elle emploie, et pourtant je respecte son travail. Je suis né d’une rencontre entre une ex-prostitué et un journaliste, ma vie a tout été sauf simple, mais j’ai aussi appris très jeune ce qu’est la différence et ce qu’il en coûte d’échoir dans la marginalité. Je n’ai jamais choisi de faire partie d’aucun groupe, mais par mon travail ou mes loisirs ai été assimilé par des gens qui longtemps s’étaient moqués de moi, les skateurs, les branchés, mais je ne leur en tient pas rigueur, seule la connerie me débecte, la connerie de ceux qui rejettent sans prendre la peine de comprendre, ni de savoir de quoi ils parlent. Ceux qui mettent dans des cases. Journaliste, ex-prostitué, coolos branchouille quarantenaire skateur artiste.
L’un des meilleurs amis de ma mère avait écrit sur un mur : « ne travaillez jamais », mon beau-père, lui, pense que le travail est un droit, non un devoir, pour lequel des gens se sont battus. Respecter autrui commence par essayer de comprendre ce qui fait d’une personne une personne. Aujourd’hui dans une grande maison à la campagne, hier dans un minuscule appartement, demain qui sait ? Certainement pas en train de me justifier en tout cas.
Vivant.
Artus.

