Paludes

Vendredi 29 janvier

L’homme était malade. Comme sa copine la veille il savait qu’il devait passer la journée au lit. Il avait beaucoup de mal à rendre les choses, vomir, se forcer à ressortir par le haut ce qui devrait sortir par le bas. L’homme y voyait une image de sa vie, de ce qu’il était. On ne marche pas à reculons pensait-il en lisant « Paludes » d’André Gide. « Leur plaisanterie me parut prétentieuse, de sorte que je cru devoir n’entrer qu’après eux ». Mon rapport au monde, aux choses. La pluie qui tombe, les cris d’enfants dans l’école de l’autre côté de la cour.

« Il y a des choses que l’on recommence chaque jour, simplement parce que l’on a rien de mieux à faire ; il n’y a là ni progrès, ni entretien – mais on ne peut pourtant pas ne rien faire… C’est dans le temps le mouvement dans l’espace des fauves prisonniers ou celui des marées sur les plages. »

« Quelle monotonie ! recommençais-je – après un silence. Pas un événement ! il faudrait tâcher un peu de remuer notre existence. Mais on n’invente pas ses passions ».

« Moi, cela m’est égal, parce que j’écris (…) mais ce qui m’est insupportable c’est qu’[ils ne comprennent] pas cet état… C’est même ce qui m’a donné l’idée d’écrire (…)». « - Pourquoi veux-tu donc [les] troubler, si [ils sont heureux] comme cela ? – Mais [ils ne sont pas heureux], mon cher ami ; [ils croient] l’être parce qu’[ils ne se rendent] pas compte de [leur] état ; tu pense bien que si la médiocrité se joint à la cécité, c’est encore plus triste. – Et quand tu ouvrira [leurs] yeux ; quand tu auras tant fait que de [les rendre malheureux] ? – Ce serait déjà bien plus intéressant ; au moins [ils ne seront plus satisfait – ils chercheraient] »

« Et comme aucun enfin ne souhaitait guérir et que les fleurs s’en fussent fanées, Tityre prend lui-même la fièvre pour pouvoir au moins se soigner »

« L’agenda a du bon, pensais-je car si je n’eusse pas marqué pour ce matin ce que j’eusse du faire, j’aurais pu l’oublier, et je n’aurais pu me réjouir de ne l’avoir point fait. C’est toujours là le charme qu’à pour moi ce que j’appelai si joliment l’imprévu négatif ; je l’aime assez car il nécessite peu d’apport, de sorte qu’il me sert pour les jours ordinaires. »

« Rien qu’on puisse laisser derrière soi, disant : « CELA EST ». De sorte que nous revînmes pour voir si tout y était encore. – Ah ! misère de notre vie, n’aurons-nous donc rien fait faire aux autres ! rien fait ! que remorquer ainsi ces flottantes dérives… »

« Nous n’avons jamais vécu plus, dit A. Peut-on dites-moi vraiment, vivre plus ? Où prîtes-vous le sentiment d’une plus grande exubérance ? Qui vous a dit que cela soit possible ? [L’homme] ? – Vit-il plus parce qu’il s’agite ? »

Malade, fiévreux, heureux. Du temps pour réfléchir. Et le travail qui s’accumule, s’accumule, s’accumule. Un livre sur mes performances, un livre sur mon art, un livre sur mes photos, un livre sur mes dessins, un dictionnaire de l’art contemporain, un catalogue pour les bougies, un projet de film à réécrire, un nouveau site internet à réaliser, des expos à préparer, et l’envie, toujours, de ne rien faire que poussé par l’inspiration, cette muse capricieuse.