“Aujourd’hui”


Vendredi 8 janvier

Je sens comme une fêlure en moi. Longtemps j’ai pensé que l’on pouvait tout surmonter et pris pour exemple des gens qui s’étaient extrait de leurs milieux ou avaient vécu des choses si terribles que leur survie même tenait du miracle. Puis, j’ai compris aussi que l’on pouvait « casser », et qu’une fois un certain point atteint il n’y avait plus de retour possible. Très jeune, j’ai cherché à atteindre ce point. J’étais comme fasciné. Je me disais : « et si je devenais fou ». Je m’installais sur le lit et je laissais tourner les choses. Tout tournait ; la terre et moi avec. Je perdais mes repères, un instant, et puis la réalité revenait s’imposer à moi. Une réalité difficile, des parents séparés, un père absent, une mère plus ou moins disparue, une belle-mère qui faisait tout pour me montrer que je n’étais pas le bienvenu dans sa vie, un beau-père inapte à me comprendre. On a toujours tenté de me changer, de me montrer que j’avais tort. Tort de faire du roller, du skate, d’être dans la mode, de ne pas assez gagner d’argent alors que, de faire-ci ou de faire-ça. Je me suis durci et j’ai décidé de n’écouter que mon instinct, celui qui m’avait permit de survivre, malgré tout, à toutes ces « remontrances », ces incessantes remontrances. J’ai vécu pendant 15 ans dans un petit appartement qui est devenu ma base et ma sécurité, j’ai tout fait pour réunir des gens, autour de moi et mon énergie, et j’ai aidé beaucoup de monde à travers les différents projets qui m’ont permis, à moi aussi, de grandir. Avant la journée d’hier je n’avais jamais pensé que j’avais construit autour de moi des gardes fous, ce que l’on appelle des gardes fous. Essayé de créer des choses qui durent, des choses sur lesquelles me reposer. Je n’ai plus du tout envie de devenir fou, même si une partie de moi sera toujours attiré par cela, comme on peut l’être par le vide, surtout lorsque ce vide s’est un jour incrusté dans notre vie.

J’ai aussi vu autour de moi le pouvoir de la confiance octroyée. Retirer sa confiance c’est un peu tuer quelqu’un, de même que le trahir. J’ai été trahi un nombre incalculable de fois. Profondément trahi. Et aujourd’hui je suis fatigué. J’ai peur, « comme un enfant dans le noir ». Je viens de rencontrer une nouvelle amie. Nous nous aimons. Mais qu’adviendrait-il si.

Et puis il y a l’art. Cet art qui est ma vie. Ce qui réellement me tiens.

Mercredi 13 janvier

Daniele me dit cette phrase étrange : « Vie mort et miracle », ça me plaît beaucoup.

Jeudi 14 janvier

Il fait un froid de canard dans l’appartement, malgré les deux petits chauffages à fond. La chaudière ne marche pas et voilà, ça y est, je découvre la joie des grands espaces toujours froids. Travailler, travailler dans le froid est presque impossible. On rêve de bains chaud, de gros manteaux, d’étreintes dans le lit, on fait tout ça et après, quand on se penche sur la table il est presque impossible de rien faire. Au moins dehors il fait froid pour une bonne raison. Dehors, c’est dehors. J’ai même travaillé trois minutes en terrasse aujourd’hui, et puis je me suis laissé happer par la rue, son agitation, les gens qui passent et repassent, la faune de Pigalle. Je n’arrive pas à m’habituer à mon nouveau quartier. Le marais me manque, le marais me manque énormément. Abesses et les bobos du ciné, le marais et la mode, les graphistes à lunettes partout, comme un con avec mon ordi sur les genoux. Hier Jessica m’a dit : et si j’arrêtais la pilule ? Cet après-midi j’en discutais avec un ami nouvellement père. « C’est génial, quand tu vois ta meuf avec ton fils ou ta fille dans les bras, mais après l’intimité ce n’est plus pareil ». « C’est quand même la plus belle chose du monde, j’en pleure presque à chaque fois ». J’ai tellement de choses à faire, à organiser, à penser, tout se mélange. Le froid m’engourdit. Les projets. La liste de projets. Tous ces livres que je lis, que j’achète, l’argent, le cinéma, les restau, un ami qui gagne 40 000 euros par mois m’en propose 800 pour faire 365 dessins, enfin 12 modifiables, me dit que je devrais me trouver un métier, autre chose que l’art. Je dois lui rendre mes trucs mardi. Et moi, moi devant mon ordi avec mes idées de livre, d’expo, de site internet, de dictionnaire d’art, d’illustrations et de chroniques pour les magazines, moi qui court après le temps libre comme d’autres après leurs souvenirs. S’éduquer, se cultiver, être libre, trouver l’équilibre. On ne fait pas de l’art de 8h à 5h comme d’autres vont au bureau. Avec Jessica nous nous donnons un an. Un an pour asseoir notre situation, pour grandir ensemble, rapidement si possible. Deux hystériques me téléphonent et me gâchent la journée. Je ressens de plus en plus l’énergie des gens, surtout la mauvaise depuis que dans ma vie privée tout est au beau fixe. D’autres projets, le temps qui passe, et moi à côté du radiateur qui pense, et pense, et pense.

Lundi 18 janvier, matin

Depuis la fin de ma performance à Citadium, j’erre un peu comme une âme en peine en me demandant quels nouveaux projets vont gouverner ma vie en 2010. J’ai des tonnes de projets, et, principalement de construire une stabilité avec ma nouvelle amie Jessica. Rétrospectivement, quand je regarde derrière moi, je me dis que c’est la première fois depuis plus d’une dizaine d’année que je suis réellement heureux, dans une durée qui ne me paraisse pas que celle de mon « fantasme ». Je veux mériter ce bonheur et donner autant que je reçois. C’est bien normal. Alors je cherche des moyens, moyens d’accéder plus rapidement à cette reconnaissance de mon travail qui pourrait poser cette stabilité que je recherche. Bientôt un livre photo doit sortir, puis, je l’espère, deux ou trois autres ouvrages, mes dessins, mes performances, mes textes. J’ai besoin de nouveaux outils. Je prend des rendez-vous, demande conseil, cherche à me réinventer. Ramdane, mon meilleur ami donc, me propose de devenir graphiste, ou de l’aider à monter une boîte de tee-shirt. Régulièrement il me parle de nouvelles idées de carrière dans lesquelles je pourrais m’épanouir, en attendant la reconnaissance de mon travail d’artiste qui ne viendras peut-être jamais. Mais je ne suis ni graphiste, ni vendeur de tee-shirt. Un choix à été fait il y a bien longtemps et rien ne pourra jamais me faire revenir sur ce choix qui m’a déjà tellement coûté. On ne revient pas en arrière quand la moitié du chemin a été parcourue, et surtout quand on est heureux et fier de ce que l’on fait. Je n’ai aucun doute sur la valeur de mon choix pour moi-même, et pour les autres.

De tels choix sont ce qui rend le monde vivable, et non la lutte acharnée pour l’argent, le succès, la reconnaissance à tout prix. Jean-Charles de Castelbajac, qui est aussi mon ami, me dit : « tu sais ce que c’est un adolescent ? Quelqu’un qui vit au crochet des autres ». Je suis venu lui dire bonjour et voir quand il va payer une œuvre qu’il a réservé à ma galeriste Patricia Dorfmann. Le même homme me dit régulièrement que « je devrais grandir un peu, mettre un costume, faire plus de concessions, et surtout avec le talent que j’ai, de plus me bouger le cul ». Je crois qu’il a un peu oublié l’importance parfois de tenir ses positions, et en même temps je sais très bien que ses positions lui les a tenu, alors pourquoi ? Pourquoi me dire cela ? Hier, Emmanuel de Brantes, à qui je voulais présenter un projet a commencé à m’expliquer comment le vendre, et, avant même que j’ai réellement eu une chance de discuter avec lui du pourquoi et du comment, insisté sur la nécessité de créer une dynamique entre la marque, le sponsor, ou « le client », et l’artiste qui ne peut vivre aujourd’hui « de la simple beauté de son geste » (cette phrase est de moi). Et s’il le pouvait ?

« N’avoir besoin de rien ne veut pas dire que l’on ai pas envie de tout, de vivre tout je veux dire ».

Transmettre un CD, se mouiller un peu pour ses amis, monter à la corde, défendre et protéger. Non pas modifier pour plaire. Ajuster pourquoi pas, mais modifier… Changer le sens. Il y a dans mon travail une logique et une constance, pourquoi cela semble-t-il si important à mon entourage que je baisse un peu les armes, que j’apprenne le relationnel et le discours ? Les grands artistes doivent-ils vraiment se justifier et se vendre ? Plus que jamais je crois au travail, et mon travail est là pour parler pour moi. Peut-être ne présentais-je pas bien, peut-être ne suis-je pas doué pour le relationnel, peut-être y a t-il des raisons pour lesquelles je ne travaille pas plus pour la pub, les tee-shirts, et les mugs. Peut-être croyais-je en une autre forme de respect que celui qui consiste régulièrement à dire à ses proches qu’ils ont tort quand tout semble aller contre eux. J’ai rencontré plusieurs fois dans ma vie des gens qui « n’étaient rien » ou qui « avaient été quelque chose » (personne n’est rien et être quelque chose est toujours relatif), et réalisé à quel point le simple fait de donner sa confiance à quelqu’un pouvait le faire avancer. Qui donne encore aujourd’hui son aide en acceptant que cela ne puisse avoir aucune valeur sociale autre que le simple plaisir d’avoir été utile à quelqu’un (surtout dans les milieux « créatifs » ou la place est si chère)? Et qu’entends-t-on aujourd’hui par valeur sociale ? Le retour sur investissement ? Quelle belle générosité ! Tout le monde se plaint d’un abrutissement généralisé, et quoi ?

Je suis là. Je ne vais pas bouger. Tenter, vaguement de rendre mon travail plus « lisible » dans le sens du marché me rendra-t-il plus viable en tant qu’être humain ?

Je ne le crois pas.

Et ne le croirais jamais. Ne pas faire pour être mais être pour être.

Ne suis-je réellement pas, suffisamment ?

Lundi 18 janvier

Comme souvent, quand je vais au cinéma, je note des morceaux de dialogue ou des phrases que j’extrais ensuite de leur contexte pour « faire des œuvres ». Mon idée est que, d’une certaine manière, ces phrases, pensées, jugements, remplacent pour le plus grand nombre l’enseignement passé de l’église ( – ce sont les mêmes gens qui allaient à l’église en quête de sens qui vont aujourd’hui au cinéma selon moi, et, passivement, gobent ce qu’on veut bien leur donner à manger et à voir - ) et qu’en tant que telles elles représentent une forme d’endoctrinement qui est loin d’être sans conséquences.

La morale du cinéma américain par exemple, le modèle dominant, est à faire peur, mais souvent ce sont aussi dans ces mêmes films que le héros, ou son faire valoir, prononcent des phrases qui ramènent à peu de choses près à ce que la génération d’avant considérait comme « l’impasse de la lucidité » :

- You live in a box. Your car is a box. Your home is a box. You look at the box. You lost your soul in a box.

- The happiness is not the best way to be happy.

- What did I do to deserve this?

- When you are not born yet you know everything that’s gonna happen.

- Why do you remember the past and not the future?

- Most of the time we do nothing.

- We cannot go back, that is why it is hard to choose. You have to make the right choice. As long as you don’t chose everything remains possible.

- What make me say « I don’t swim with idiots? ». I don’t know how to swim.

- If we stay together we will drawn.

- We will learn how to swim.

- You mean, we have to make a choice?

- Every path is the right path.

- You should not have remorse. The desire to live doesn’t mean a lack of humanity

- My head hurts my head..

- What else hurts?

- Do u know there are only evil people are destroying the world.

- You were born in

- it is us against them my good friend

- It is gonna be pretty bad isn’t it ?

- You’ve survived worse

- Don’t compromise your principles or abandon your cause

- Do you know what’s waiting for me along the road?

- For one reason or another I see more inside the past than onside the future

- Try to keep this in mind

- How do you define the idea of comprehension?

- Well it is knowing something and knowing what it means

- I think there is two ways of looking at the idea of understanding : one is if you don’t look you will not see. The other is : if u look a little less you will see a hell of a lot more!

- You might still be under the effect of those drugs they put in your drink

- If there is no way out, the best thing is to find a way further in

- There is a difference between truth and fiction, fiction is to make sense

- There is no such thing as innocent men.

- I am being dirty

- I don’t trust him. He likes people and you can never kind people like that

- You know what is scary about commitments? Your life becomes real

- Find a new normal

- Il vivait l’instant présent comme un  enfant. C’est un don précieux pour un homme

- On ne sait pas ou on va mais quand faut y aller faut y aller

- Toute ma vie j’ai cru que dans la vie ce qui était important c’était d’avancer dans la vie, d’être courageux, mais La seule chose qui demande du courage, c’est de faire face à ses responsabilités.

- Que je sois pendu

- Certains viennent seuls

Le même jour, plus tard

En essayant de trouver des sites internet d’artistes que j’aime, j’ai réalisé que je ne connaissais pas vraiment d’artistes. J’ai quelques amis dont je respecte le travail, Zeus, Luis Salazar, Thierry Théolier, bien sûr Aleksi (Dirloz) et Daniele, Ramdane (qui se considère comme tout sauf artiste), Castelbajac, Claudio Cassano (un artiste italien un peu perdu de vue), et qui d’autre ? Des artistes américains comme Ed Templeton, Marc Gonzales, Larry Clark ou Nan Goldin, Richard Prince, et pour le reste il s’agit d’une autre génération, Burden, Piper, Debord, Tapiès, Rauschenberg, Soulages, un peu Beuys, Boltanski, Sophie Calle, mais pas vraiment, Malevitch évidemment, mon maître, Guy Debord à cause de ma mère, les Dadas mais pas Duchamp, vraiment je ne sais pas… Est-ce parce que je n’arrive pas à me concentrer ? Combien ais-je de livres d’art ? Très peu, combien d’expo vais-je voir par an ? Un peu plus ? Essayons de trouver d’autres noms… Bill Violat ? Bof, Barbara Kruger et Jenny Holzer, pourquoi pas. Space-Invaders me paraît plus proche, Buren, Ben, MBTP, Les nouveaux réalistes ? Raymond Hains oui, Petibon, mais surtout parce qu’on me dit sans cesse que mon travail ressemble au sien, Bazelitz à cause d’une expo, Gaziorowski pareil, mais je n’ai jamais fouillé plus avant, Rainer à cause de ses recouvrements noirs… Banksi m’a ému un moment trop rapide. Grunwald, les primitifs italien, Paolo Ucello au Louvre, l’art primitif Inca, Baldessari pour « The back of trucks », Matthiew Barney parce qu’il est incontournable mais alors pourquoi ne pas citer Warhol et Jeff Koons (je ne suis pas contre), « La chaise » de Kossuth, la maison coupée en deux de Matta Clark, Paul Mc Carthy pour son ridicule flamboyant, Raynaud et sa maison en carrelage (oui je triche je regarde dans le dico), le Twombly des débuts, … Pollock même pas, Miotte parce que j’en ai un chez moi… JR qui grandit à vitesse grand V, Bertrand Lavier pour ses Mickey au musée d’art moderne et ses vitrines imprimées sur toile, son coffre fort et son frigo… Barry Mc Gee à cause des camions renversés… Journiac parce que son fond est représenté par ma galeriste… Quelle dérision.

Mercredi 20 Janvier

Temps de merde. Jessica vient de partir travailler. Ce matin nous avons trouvé le temps de déjeuner ensemble tandis que nos colocataires parlaient des infirmités qui peuvent parfois paralyser une vie et du manque de désir d’aventure de ceux qui en sont atteints. C’est très rare quand je suis debout avant elle mais aujourd’hui j’ai plein de travail, un calendrier pour la maison de bougies de mon ami Ramdane, un rendez-vous pour visiter une nouveau lieu, un autre pour récupérer de l’argent suite à la vente d’un dessin, et encore un autre pour remettre des images de ma dernière performance au 104 aux filles qui m’y ont invités. Tout faire au dernier moment. Se lever tard. Être libre. Depuis quelques jours je me penche sur la question de la querelle iconoclaste Byzantine et « l’affaire Arius » au dernier siècle de l’empire romain unifié. Deux livres passionnants qui se mélangent un peu dans ma tête, mais qu’importe, il y a longtemps que ces sujets me passionnent. D’ailleurs je ne comprends pas pourquoi les choses ne se fixent généralement pas de manière claire dans mon cerveau, tout dans un espèce de flou. Toute cette culture que j’accumule, dont je me sert rarement, et que je suis le plus souvent incapable de ressortir, même cinq minutes après avoir refermé le livre qui m’a passionné, et souvent cloué chez moi deux ou trois jour de suite « sans rien faire ».

Sur la radio Gainsbourg chante « ce sont des trucs qui ne s’expliquent pas, ces jolies choses qu’on se dit tout bas ». « Entre machine et moi il se passe des choses des machins », « Comme dit machin, comment déjà, il y a des choses qu’on ne dit pas », « Ou quelque chose comme ça »… Moi, j’ai tendance à tout dire, même si je me tais le plus souvent, atterré par la connerie des gens. Quand on ne sait pas, mieux vaut ne pas parler, non ? Et que sait-on vraiment à part notre propre vécu ? Celui que j’essaye de partager depuis des années. Se réfugier derrière des citations ou des postures. Comment elle m’a dit Jessica ? « Ces réactions à répétition qui te font te demander si à la fin, ce n’est pas de ta faute, si tu t’y prends mal. Bien s’habiller, savoir présenter un projet, se montrer aux autres, l’intérieur vers l’extérieur, la projection, puis peut-être l’acceptation, l’identification, la croyance. Voila notre sale monde aujourd’hui ». Bien sûr qu’elle a raison, pour une part, mais que dire de l’autre ? Et de quoi parlais-je exactement. Ne pas trahir, le reste viendra tout seul, quand il sera temps. Peut-on vraiment accélérer les choses quand on sait profondément que ce n’est pas à nous de décider. La tour de Babel ou la bibliothèque d’Alexandrie qui, paraît-il, ne fut pas entièrement (accidentellement) incendiée mais dispersée ou détruite à cause de guerres (de religion) stupides. « Ceux qui savent ne savent jamais rien ». Vanité et humilité, construction. Pas à pas. « Il y a des choses qu’on ne dit pas ». Lesquelles ?

Fini les rendez-vous. Une femme à côté de moi dans le métro se fait voler son I-Phone à l’arrachée. Je lui passe mon portable pour qu’elle bloque son forfait et après qu’elle m’ai demandé mon nom me questionne : « Artus, Artus l’artiste ? ». Ben ouais. Nous avons tous les deux un Clark magazine à la main, ce qui explique un peu, peut-être. Puis elle descend du métro et court à son rendez-vous. Je n’ai pas réussis à retenir son nom, évidemment pas, mais j’ai pensé qu’elle avait l’air « Cool », et me suis demandé ce qu’elle pouvait bien faire dans la vie. En pensant à la scène « street » Française et mondiale je me dis que finalement c’était bien là et nulle part qu’il se passait quelque chose et que j’étais très heureux de faire partie de cette « culture ». Dans le dernier Clark un article sur Spike Jonze (réalisateur sur-médiatisé), sur Greil Marcus (écrivain de l’incroyable Lipstick Traces), sur Pablo Cots (peintre inconnu), sur Agnès b. (et son engagement), sur le Grunge, sur Miss Van (que je déteste), sur ill-studio (mes potes), sur les nouvelles cruising board Element, sur des expos à voir qui ont l’air bien, sur de la musique. Dans ma poche toujours ce livre sur la querelle d’Arius, j’essaye de retenir, Constantin, Alexandrie, Athanase, Dioclétien, la pax Romana, Eusèbe, Ossius, Origène, mais j’ai bien du mal. Les dates, ces fichues dates, vers 325 et avant. Dioclétien, Galère, c’est avant ? Constance, Julius… La double nature du Christ, humain ou divin, et ce que cela représente politiquement en ces siècles ou il faut fédérer, fédérer à tout prix car les hordes de barbares rodent. Et que ce serait-il passé si Arius avait gagné, si le Christ avait été un modèle humain, donc atteignable et non un dieu symbolique et fantasmagorique. Il faut laisser Dieu être Dieu et son fils notre guide. Monter au ciel d’accord, mais redescendre ? Être engendré ex nihilo, à partir de rien, incréé. Devenir Dieu, quel blasphème. Comme hier ce film sur l’avortement par le réalisateur de American History X, « Lake on fire », ou l’on voit les fœtus aspirés, les têtes, les mains, déjà, avant trois mois. Flippant, super flippant. Tuer, même dans le vendre c’est tuer, et c’est interdit par la bible, ce modèle indémodable. Mais le droit au choix, la liberté, reconnaitre les erreurs. « Make Mistake » comme dirait mon ami Aleksi.

Daniele m’a montré ses dernières séries photo, très belles, très pro, ne rien faire pour faire plus. J’adore mon ami Daniele, ses doutes, sa lucidité. Et puis on m’a proposé : un portfolio dans un mag (peut-être), une soirée « Art posthume » (le 11 février), de me présenter à une galeriste Belge, à un groupe de Rock (pour faire la pochette de l’album), de produire l’un de mes projets de livre avec Ill-studio, 1000 euros de plus que prévu pour des illustrations pourtant déjà faites, 1750 euros de “dédommagement” pour des photos en passe d’être publiés, et ce week-end ma copine m’invite en voyage surprise et je n’ai toujours pas un radis en poche, mais demain 1000 euros encore devraient tomber.

Une bonne journée quoi…

Beaucoup de mails envoyés et peu de réponses, dieu que les gens peuvent être malpolis. Et maintenant les dessins, les dessins et encore les dessins. Ces fichus dessins qui me font vivre et que l’on associe maintenant à mon nom, invariablement, Artus l’artiste ? Ah, oui, celui-là.

Lundi 25 Janvier

Assis sur les toilettes, l’ordinateur sur les genoux, Lou Reed sur la chaine hi-fi, Jessica dans son bain. Lundi, nous sommes tout juste de retour de Rome ou elle m’a invité à passer le week-end. Mon premier voyage surprise, ma première invitation et le passé qui s’évapore dans un espèce de flou. Un passé lointain avec une autre copine que je n’aimais pas et n’ai jamais aimé, une histoire simple que je me suis hâté d’oublier pour affronter la vie et sa folie. Combien de fois ais-je été amoureux depuis cette première histoire ? Vraiment amoureux ? Et Jessica ? Une fois selon elle. Ma deuxième véritable histoire d’amour. Compter les choses, faire des listes, respecter les chronologies pour comprendre le monde. Nous parlons de faire un livre ensemble, j’aimerais qu’elle fasse un livre avec moi, qu’elle m’aide à, enfin, réaliser ma monographie, mais avec la maturité de mes années perdues. Et aussi que ce livre lui permette d’asseoir ce qu’elle est, l’intelligence et la beauté incarnée, qu’il lui ressemble. Notre histoire, celle qui durera toujours ?

Jeudi 28 janvier

Lu dans l’interview de Greil Marcus dans Clark : « D’une certaine manière le Hip-hop s’est avalé lui-même, un peu comme le mémoire est en train d’avaler le roman », et je me suis dit que cela me faisait très peur. Faut-il revenir au roman ? Dans « Le symbole perdu par l’auteur du Da Vinci code » Dan Brown explique que le mot sincère vient de l’expression sans cire : « depuis Michel Ange les sculpteurs dissimulaient les défauts de leurs œuvres avec de la cire : ils comblaient les fissures et éclats avec de la cire chaude qu’ils recouvraient ensuite de poussière de pierre. C’était considéré comme une duperie de la part de l’artiste et à contrario, une sculpture « sans cire » – littéralement sine cera – signifiait une oeuvre sincère. » Et donc vraie, avec des défauts. Dans « U-Turn », de Oliver Stone (« que du lourd » n’est-ce pas) je note la phrase suivante : « Un homme sans éthique est un homme libre ». Quoi d’autre ?

Ah ! Oui. Un ami devenu patron dit à un autre ami devenu rien du tout « Tu devrait retirer le piercing de ton nez et te couper les cheveux, ça irait mieux pour toi ». Dieu que les gens peuvent être cons parfois. Devenu rien du tout, ça n’existe pas. Et l’humanité dans tout ça. Je crois que je tourne en rond alors que pourtant… Mon chat ronronne, il fait toujours très froid dehors, j’ai plein de projets, et je suis très heureux. « Devenu personne ». Quelle connerie. Disparaître dans l’anonymat des gens connus alors que la vraie vie se déroule ailleurs. Quelle vraie vie ? Celle sans cire ?

Sincère ? C’est la vérité que je cherche. Toujours. Dans Dan Brown, dans La querelle d’Arius, dans U-Turn, dans les œuvres d’artistes. Dans la vie qui ne se limite jamais à sa version élitiste ou populaire car elle est tout à la fois. Célèbre et anonyme.

Mais alors pourquoi ais-je tant de mal à croire à l’anonymat aujourd’hui ? Parce qu’il ne veut plus rien dire. Late Biosas, late biosas, late biosas (vivre caché). Je comprends. Je viens de comprendre. Bien sûr. « Le masque de la société ». Mon très grand ami artiste Daniele Tedeschi. Mon ami Patron Ramdane. Et mes autres amis journalistes, skateurs, charpentier, au chômage. Je suis aussi artiste, ça n’a jamais autant voulu dire quelque chose.

« Aujourd’hui ».