Plus tard

Lundi 1er février

Depuis ma performance au Citadium, je suis abonné au Monde.fr, et je reçois, chaque jour cinq ou six mails différents ayant trait à l’information. « Obama renonce à envoyer des hommes sur la lune alors que la Chine et l’Inde fourbissent déjà leurs fusées », « Google menace de quitter la Chine », « grâce à la Chine l’Asie connaît pas la crise », « Les ambitions de la Chine créent des tensions avec l’occident », « Taïwan : Pékin annonce des sanctions contre Washington », « Les relations diplomatiques sino-américaines sont entrées en zone de turbulences depuis l’affaire Google ». C’est très étonnant de vivre le siècle de la déchéance Américaine (« plus gros déficit budgétaire jamais enregistré ») alors que le débat sur « l’identité nationale Française » fait encore parler de lui. Combien de temps encore subira-t-on l’influence américaine sur nos vies et qu’en restera-t-il lorsque les Etats-Unis ne seront plus la première puissance mondiale. La musique, le cinéma, les fringues. Comment sera le monde le jour où Pékin aura vraiment assis son influence sauvage ?

« Le message doit être clair, et fort: si les Etats-Unis ne respectent pas les intérêts essentiels de la Chine, ils ne peuvent s’attendre à ce que celle-ci coopère sur une vaste gamme de problèmes internationaux et régionaux essentiels » (China Daily)… Ah ! Tiens… La Chine tient déjà les Etats-Unis par les couilles ? L’échec du communisme et le succès de Mao à faire de son pays « une grande nation » ou la liberté n’existe que surveillée, muselée, contrôlée avec à chaque coin de rue un commissaire du peuple portant le brassard de l’inspection généralisée… Oserais-je dire que j’ai aimé la Chine quand j’y ai été ? Où trouver la liberté aujourd’hui. Comment se battre pour elle à notre échelle ? Et l’incessant, « toute rencontre avec le Dalaï-Lama engagera des sanctions »… Incroyable tyrannie d’un pays sur le reste du monde qui, déjà, ne laisse plus grande place au respect et à la « tolérance mutuelle » (valeur chère entre toute du bouddhisme), ces mots que je déteste car ils sous entendent, toujours, la supériorité de l’un sur l’autre. Tolérer ? C’est qu’il faut bien être supérieur, ou, tout du moins, le penser. Supérieur mutuellement, mais qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Mercredi 3 février

L’homme se réveille, il se sent gros, il a mal dormi.

Depuis qu’il a recommencé à rêver, il fait parfois des cauchemars.

De temps à autre l’envie de tout quitter le tourmente. Retrouver son misérable mais très agréable appartement de 15m2, abandonner l’idée de faire des enfants, l’idée que l’on peut-être heureux avec quelqu’un d’autre que soi-même. Créer la vie. Dire merde à cette société qui condamne et étouffe la sensibilité des plus faibles, et en même temps vivre son égoïsme. Accepter que l’on n’encourage pas et nie le plus souvent le talent quand il est teinté de cette forme de différence revendicative qui donne souvent naissance aux plus belle choses, et permet les changements les plus profonds, ceux dont on a peur. Combien d’être broyées et annihilées par leur croyance en un autre possible ?

L’un de ses meilleurs amis couve des idées de suicide et à beaucoup de mal à trouver sa place dans ce monde, et l’homme ne peut ignorer qu’il est aussi intéressé par cette souffrance là, malgré (ou à cause) de son bonheur et de sa joie de vivre présente. Concerné en tant qu’humain, en tant qu’artiste, en tant qu’intellectuel, un terme qui définirait bien l’homme s’il n’avait passé sa vie à le contester, à contester son appartenance à cette forme d’hiérarchie-là.

Au moment du grand réajustement, l’homme se questionne. Tout cela vaut-il la peine ? Le grand appartement. La copine qu’il aime et qui l’aime. Sans doute lui aussi a-t-il peur. Cette peur immense qui, déjà, il y a longtemps, l’avait étreint. Non pas la peur de l’échec ou du succès, mais qu’il ne soit pas fait pour « ce monde-là ».

Où que le regard de l’homme se porte, il sent une certaine misère, un mal être généralisé dont il connaît bien les racines. L’égoïsme, l’égoïsme de rigueur, celui qui le tente parfois lui aussi, l’individualisme, « la peur de se griller pour l’autre » comme disent les jeunes.

Dernièrement, l’homme, je, ai demandé à mon amie de contacter un de ses proches pour un projet qui me tenait à cœur, et cette dernière a jugé que ce projet n’intéresserait pas son ami, la star, pour de multiples raisons. Le manque de temps, le peu de chance de succès d’une rencontre entre les deux hommes, entre l’univers des deux hommes, et aussi, sans doute la peur de « griller une carte ».

Assis au mac do après avoir écrit se début de texte dans sa baignoire, l’homme se sent étouffer. Il regarde dehors. La faune de Pigalle, les bus qui passent, le bruit des étudiants qui mangent à côté de lui.

Comment ne pas tenter de pousser la rencontre entre deux êtres que l’on aime sous prétexte de différence? D’incompatibilité décidée. Parce que l’on ne veut pas mélanger, qu’il ne faut pas mélanger, surtout pas. La souffrance de l’homme. Ne pas laisser de chance à la chance, jamais, car cette chance coûte bien trop cher lorsqu’elle ne se meut pas dans le bon sens. Initier des débuts de, n’avoir pas peur d’essuyer des refus, se réinventer tous les jours. Quand il ne s’agit pas de soi.

Même lorsque l’on pense que cela n’a aucune chance de marcher. La magie de la vie qui se trouve niée, chaque jour, chaque heure, chaque minute. La rencontre de l’homme et de la femme que pourtant rien apparemment ne destinait l’un à l’autre alors que tout les prédestinait.

Comment peut-on juger pour les autres ?

Artistes. Tous sont artistes. Ils ont un jour fait un choix, le choix le plus important de la vie. Créer. Certains en ont fait un métier, d’autres sont restés en contact avec la source vive, souvent ceux qui ont le moins bien réussit, restant figés sur leur idéalisme, leurs rêves. Certains ont oublié à quel point ce chemin est un chemin difficile, parfois à cause de la chance, ou du poids des responsabilités, un chemin plein d’embûches et de décisions irrémédiables. Un choix respectable et respecté entre tous lorsqu’il est couronné de succès, et rejeté dans le cas opposé. Dans l’antiquité on parlait de guides, de liens entre l’homme et dieu, d’interprètes ; poètes, rapsodes, chanteurs, écrivains, philosophes, peintres, dessinateurs, réalisateurs, architectes… être en contact avec le divin. Le savoir.

Les artistes sont rares, les vrais artistes, dit-on. Combien sur la multitude seront choisis ? Par qui et pourquoi ? Les amis de nos amis sont nos amis dit-on aussi, et tendre la main est un devoir paraît-il. Aider son prochain. Si peu se souviennent. L’héritage Judéo Chrétien. Tous se souviennent, presque tous nient.

Évidemment que les hommes « savent », mais ils préfèrent souvent faire autrement, revendiquant leur liberté et ne sachant que cette liberté là n’est qu’illusion, destruction, égoïsme donc. Se réfugier derrière son égo, derrière les règles d’une société qu’on ne cesse de critiquer, d’un monde qu’on a pourtant fait à notre image. Notre incomplétude. Mettre dans la case rebelle, éternel adolescent, artiste raté, ceux qui gênent, pour, pourquoi pas, les reconnaître après leur mort.

Et puis, il y a les monstres sacrés, ceux qui ont eu de la chance, ceux qui se sont battus plus que les autres, ceux qui le pouvaient, ceux qui le voulaient. Ceux qui étaient capables de penser en terme de stratégie, de positionnement, de précision.

L’homme avait eu une discussion sur ce sujet la veille avec une femme qui, entre toutes, pouvait bien représenter l’esprit de l’institution, intelligente, raffinée, éduquée. L’homme avait essayé de lui parler de contre-culture, de science-fiction, d’entités marginales, mais ceux-ci n’entraient pas dans le cercle d’intérêt de la femme. Ils étaient « autres » et le resteraient, malgré leurs qualités indéniables ceux-ci ne pouvaient correspondre. La précision qui paraît-il n’est pas élitisme. « Mais les écrivains de science-fiction sont très précis », avait-elle dit pour clore le débat. J’étais resté silencieux. Pourquoi ce terme de précis me gênait-il autant ?

Plus tard

Un homme me dit : « Et je vais être très connu ». Je le crois, je l’aide, ou en tout cas m’intéresse, le soutien, pourquoi pas après tout. C’est maintenant à lui de faire ses preuves, trouver son chemin, réussir ou échouer, mais en tout cas essayer. C’est ainsi que je nourri le monde, et que nous le nourrissons tous, et pas avec le rejet, qui est à la mort ce que la création est à la vie.

Juger ? De quel droit. Le tri se fait tout seul. Il s’agit juste d’appréciation généralisée. Y a t-il des vérités qui soient réellement immuables ?

Dieu peut-être ?!?….

Tout cela n’est finalement qu’une question de point de vue. Les réacteurs nucléaires, l’individualisme poussé à son paroxysme ou l’électricité pour tous.

Après nous le déluge ? C’est une phrase de la marquise de Pompadour après une défaite militaire de Louis XV, son amant, qu’elle conseillait. Son pouvoir ? Ou celui qu’elle s’était elle-même octroyée…

Jeudi 4 février

Temps superbe, je m’apprête à aller faire du skateboard, ce midi à la fontaine des innocents, et ce soir au skateparc de la Chapelle avec mes amis. Je sors du cinéma ou j’ai vu le dernier film des frères Cohen, qui m’a beaucoup plu. Quand tout semble se régler, il y a toujours une nouvelle tempête à l’horizon qui approche, attention aux mauvaises actions. Morale juive ? Sans happy end. Une prise de conscience américaine ? J’ai adoré. Aujourd’hui je vais mieux, la dépression passagère de l’un de me meilleurs ami mise de côté le temps d’une session, « à chacun ses problèmes comme qui dirait ». Et ce matin un réveil magnifique avec Jessica qui riait à côté de moi, heureux heureux heureux. Ce réajustement dans ma vie qui me prend tant d’énergie. Penser au futur. Ais-je jamais pensé au futur de cette manière là ? Je ne crois pas. J’ai même réservé une montre dans un magasin, alors que je suis à sec, pour, pourquoi pas, un jour le donner à mon fils ou ma fille, notre fils ou notre fille. C’est à cause de Ramdane tout ça. Ramdane qui un jour perdu une montre à laquelle il tenait car elle correspondait à la naissance de son premier enfant. Il était tellement déçu. Bizarrement l’une des fois où j’ai le plus senti son humanité. Il avait laissé le portefeuille avec tout l’argent de notre voyage dans la voiture, comme il le fait toujours, la montre dedans, et évidemment il se l’était fait voler. L’argent, ce n’est que de l’argent (environ 3000 e je crois) mais la montre, la montre pour son fils. Sa déception, il se fichait vraiment de la thune, étonnant et en même temps tellement lui. Cette liberté là. Et puis nous avions rencontré des gens qui nous avaient aidé et qui sont resté des amis. Il fait trop beau. Je vais skater. Me manger un KFC à la fontaine en souvenir du bon vieux temps… Ah ! la montre de Ramdane était une Rollex, la mienne sera une Lipp. Les marques toujours et encore et toujours et encore. Pas grave, il fait beau, il fait beau, il fait beau.

C’est dur quand on a des amis proches qui vont mal. Ça nous atteint, forcément.

Je t’aime Jessica et finalement tu as raison, on s’en fiche de la rébellion, ce n’est pas que le chemin qui compte, mais aussi le but à atteindre, celui qu’il ne faut pas perdre de vue, jamais.

Être heureux et rendre heureux. Y a t-il plus belle chose ?

Et s’accomplir, dans ce bonheur.

Jeudi 11 février

Alors qu’en général je ne me souviens que d’un ou deux rêves par an, depuis que je suis avec Jessica je me réveille souvent dans cette espèce de torpeur si particulière qui accompagne le songe heureux. C’est une sensation très spéciale que je n’avais encore jamais expérimenté adulte. J’ai bien quelques souvenirs d’enfance, mais ils constituent une mémoire si lointaine que je ne suis sûr de rien.

Après avoir réfléchi plusieurs jour à la proposition de mon amie pour qui la précision uniquement explique le succès des grands artistes, j’en suis venu à une conclusion toute différente. Pour moi, il s’agit surtout d’incarnation. L’artiste se doit d’incarner une idée, une posture, un geste. Que ce geste soit précis ou vague m’importe peu puisque c’est son œuvre toute entière qui se fait le témoignage de son intégrité. La précision, c’est l’élitisme, une notion que je hais entre toutes, alors que l’incarnation…

Sinon, je travaille toujours comme un fou à mes différents projets de livre, agite les souvenirs comme autant de fantasmes de mon passé, que j’essaye de remettre en ordre et dans leur contexte. C’est un travail d’autant plus difficile qu’il me met aujourd’hui face à un moi-même que j’aurais tendance à vouloir oublier. Le moi-même qui me faisais « péter les plombs » et douter il y a quelques jours qu’un bonheur dans la durée soit possible pour moi, et surtout puisse venir d’autre chose que de mon art. Art qui passerait presque à la seconde place s’il n’était pas si important dans une pratique quotidienne et n’occupait, souvent la plupart de mes pensées. Mais enfin… Les pensées sont une chose et le quotidien une autre et que : «  L’homme, est forcément plus important que son œuvre, et, puisque c’est vivant qu’il est, c’est vivant que l’on doit l’aimer, non à travers une oeuvre posthume sans aucun rapport avec le présent d’un art contemporain que j’exècre », comme je le retrouvais dans l’un de mes textes écrit en 2004, quelques mois avant la rédaction du manifeste de l’art posthume. La vie d’abord, l’art après. Comme l’impression jusqu’à maintenant de ne m’être servi de mon art que pour nourrir ma vie. C’était une erreur.

Jessica, qui m’aide à travailler sur l’un de mes projets de livre et prépare une longue interview de moi, me demande si je suis en train d’écrire l’un de mes fameux textes du matin, et si j’y parle de ma frustration d’hier. C’est vrai que je me sentais bizarre après le départ de mon ami Ramdane et quelques heures passées dans les photos prises au temps de l’épicerie (1998-1999). Sur trois ou quatre tiroirs bien rempli nous n’en avons regardé qu’un et fait une sélection très large et bien trop rapide de « documents » qui pourraient donner lieu à une nouvelle édition. J’ai désespérément besoin d’un scanner et de nouveaux outils pour mener à bien tous ces nouveaux projets. Archiver, classer. Jeter l’inutile aussi peut-être ?