Portraits de villes

Portraits de villes

GALERIE PHILIPPE CHAUME

Vernissage le jeudi 25 mars de 18h à 21h30

expo du vendredi 26 au 15 mai 2010

9, rue de Marseille 75010 paris

De décembre 2001 à mars 2008, j’habite en chine, à Pékin, dans le quartier des ambassades de Sanlitun, où je suis venu rejoindre mon amie Eleonora. Je réalise dans son grand appartement surchauffé mes premiers grands dessins, et quelques customisations de peintures, qui donneront lieu à mon retour à une exposition à la galerie Patricia Dorfmann qui me représente. Cette exposition malgré son grand succès me déçoit pourtant, car, si j’y vend beaucoup, je crois y perdre le caractère de révolte qui fait de mon art ce qu’il est. Tout est bien encadré, bien montré, parfait en un certain sens. Pourquoi suis-je si déçu ? Je n’en sais rien.

Deux ans plus tard, j’expose à la fois les dessins issus du fanzine jamais publié en France que j’avais réalisé là-bas (Deadpan spécial Chine ed. Elk), ainsi qu’une série photo que j’avais prise alors que mon ami Michel le Bayon était venu me rendre visite, au hasard de nos ballades “à la recherche du dernier communiste”.

D’après une journaliste on y sent un vide et une solitude immense.

Qui n’a pas été à Beijing ne peut comprendre cette sensation, des expatriés d’un côté et de l’autre des chinois incapables de parler un mot d’anglais -sauf dans le cadre de relations principalement basées sur l’intérêt. La mondialisation et le capitalisme, tandis que dans les Hutòng et les rues adjacentes, le peuple s’active.

J’aurais aimé parler la langue de tous ces gens que l’on expulsait un à un de l’autre côté du 5th ring road à cause des jeux Olympiques, mais malheureusement mon seul contact avec la culture chinoise aura été une exposition sur l’équivalent de leurs grottes de Lascaux, une autre sur les posters datant de la révolution culturelle, et, bien sûr et surtout, les dumplings dans la rue, “comme à Paris rue au Maire” “mais en mieux”. Quelques échanges de regards amusés donc, une ou deux poignées de mains, et durant la durée de l’exposition que j’ai faite avec mon ami Jocko Weyland aux pied des CCTV tower, la rencontre de cette famille de chiffonniers, ou récupérateurs d’ordures, qui habitaient là, dans les débris d’un vieux quartier qui venait d’être rasé.

Deux ans plus tard Pékin continue de me manquer comme une ville où j’aurais facilement pu passer quelques années de ma vie.

Puis je suis rentré, j’ai rencontré une autre femme, commencé à penser à faire des enfants, et je me suis dit que ce n’était pas si mal d’encadrer les choses et de les vendre comme trace et preuve d’un vécu.

Si l’on me demandais aujourd’hui comme hier sur quoi porte mon travail, je dirais sans hésiter :”Sur le destin”, les rencontres, la vie, dieu, sur ce qui fait qu’on est ce qu’on est et pas autre chose.

Peu de temps après avoir rencontré Jessica, ma nouvelle amie, je me suis enfermé pendant 15 jours dans un stand à tee-shirt exigüe, fermé et opaque, caché dans un grand magasin. Toutes les nuits, en dehors des heures d’ouverture donc, j’étais enfermé dans une autre boîte dans laquelle j’écrivais des textes qui étaient publiés sur le blog du journal le Monde sous le titre “Consumérisme” (http://artusconsumerisme.blog.lemonde.fr/).

À ce jour, personne n’a voulu montrer les traces que j’ai réalisé avec des amis de cette performance. Pas assez commercial”. Par contre le petit livre sur mes photos de chine est maintenant disponible et accessible à tous.

Que dire de tout cela ? La peinture “Elle doute” sur laquelle j’étais intervenu à Pékin, ainsi que “Capitalism turned me into a fuckin bitch”, et “She is confused” ont été interdites à la foire internationale de Shangaï et tout le monde s’en est plaint (Connaissance des arts – sept. 08. “Elle doute”).

Alors j’encadre, j’encadre, et je ne cesse de penser à comment faire pour montrer le reste, tout le reste de mon “travail”.

Il parait que 18 341 526 millions de personnes sont venues sur mon site et mon blog si j’en crois un site d’analyse qui fait référence (je sais je sais, je rabâche). Si on m’avait dit il y a quelques années que la contre-culture passerait par internet, je crois que je me serais bien moqué. Mais quelle contre-culture au fait ? Celle à laquelle J’emprunte mon langage artistique, ou celle, bien réelle, qui se tait, se terre, et attend son heure ?

Les livres contenant le titre “Insoumission” n’ont jamais autant vendu et en ne compte plus les films qui nous parlent de Mesrine, de la bande à Baader, et du Ché. Camus écrit “Les justes” en 1949 ; on le joue actuellement au théâtre dans une mise en scène splendide mais absolument effarante car elle fait contre-sens total.

Hier, avant de me coucher, j’ai relu “Le discours de Suède”. Le texte m’a remué au plus profond de mon être et m’a rappelé pourquoi j’avais un jour choisi d’être artiste : tout simplement parce que je n’avais pas le choix.

Montrer, exister, échanger. Vivre. Et tenter de partager, toujours.

Le reste ne dépend pas de nous et c’est sans doute mieux… Et pourtant…

Artus, veille d’expo, à Paris, fin mars 2010.

PS/ Pour ceux qui consulteraient cet article sur Facebook, notez qu’il s’agit d’un compte que je ne peux pas consulter car il ne m’appartient pas et que je n’en connais pas les codes d’accès. Vous pouvez néanmoins me joindre sur artusdelavilleon@hotmail.com, ou voir mon travail sur artusdelavilleon.com. Merci pour vos nombreuses visites. Artus