Lady Gaga + Artus

Lady Gaga à Gogo

Vernissage jeudi 21 octobre de 19h à 22h30

Galerie Chappe, 4 Rue André Barsacq, 75018  Paris

du 22 au 30 octobre 2010 de 14h à 20h

Avec : Viktor & Rolf, Jean-Charles de Castelbajac, Thierry Mugler, Lauren Dukoff, Bernard Chandran, Mouton Collet, On aura tout vu, Mächen Mächen, Olivier Bobin, Gary Card, Vera Thordardottir, Charles Youssef, Marko Mitanovski, Vava Dudu, Junko Shimada, Tilmann Grawe, Vilsbol de Arce, Stephanie Paterek.

Orlan, Aurèle et Winnie Denker,
Brisa Roché, Paulina Leonor, Lady K, Artus de Lavilléon, Cyril Angueledis, Marc Sich, Arnaud Pagès, Gwenael Billaud, Steven Passaro et Stefan Mucchielli.

Extrait du texte ci-dessus

écrit à la ligne sans pause ni corrections

la veille de l’accrochage

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Une expo de star, il parait que cela faisait vendre et ramenait beaucoup de monde.

Depuis des années, je notais les phrases issues de blockbusters américains. Et là, j’étais servi. Un très beau concentré de rien savamment orchestré.

Divertir à tous prix.

Et puis cela avait un peu de sens tout ce non sens.

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Tout accepter, tout faire, tout transformer, tout s’approprier. En même temps, ça me faisait chier.

Mais pourquoi m’invitait-on? Parce qu’on aimait mon travail? Pourquoi une expo Lady Gaga? Qui étaient les artistes participants? Tout cela n’avait aucun sens.

Moi qui était censé représenter une certaine contre-culture, une alternative. Sur mon skate, à on habitude, j’avais écrit “Alternative to what?”.

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Du divertissement pour endormir les masses.

Travailler sur Lady Gaga. Qui était venu avec une idée aussi conne?

Nul, nul, nul comme aurait dit ma mère.

Je me demandais s’il y avait encore des gens qui avaient envie de faire la révolution.

Quand le monde avait-il commencé à déraper?

Le pouvoir inutile des stars. L’échec de la politique, des idéologies.

Et Mesrine qui dit: “Obligatoire? Ça n’existe pas obligatoire!”

Le sens au sens, tourner en rond encore et encore, aligner des mots pour ne rien dire, pour faire une jolie œuvre à accrocher au mur.

Beaucoup de mes amis n’ayant pas mon succès, se marginalisent, souffrent du monde et s’abrutissent à Gaga.

Joli trouvaille que ce nom au fait.

GAGA GAGAGA GAGAGAGAGAGAGAGAGA

et si mes mots ne devaient se limiter qu’à ça, une immense feuille qui ne dirait que GAGA

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Faire, fabriquer un objet qui tout d’un coup permette. Quoi? d’avancer, de réfléchir, de se perdre, d’ajouter à la profusion du non-sens généralisé.

Noter des phrases. Essayer de comprendre comment cela marche.

ONCE YOU KILL A COW YOU GOTTA A BURGER

BUT YOU CAN STILL SEE THE CRACK IN THAT MOTHER FUCKER REFLECTION

Nous allions faire un livre sur ma performance CONSUMERISME, celle que personne n’a encore voulu montrer. C’est vrai Lady Gaga c’est mieux. Plus joyeux, plus dans le sens de la vie. Entendre par là le sens du marché.

Dans une autre merde américaine, je note : STOP TALKING IN BUMPER STICKERS. Je crois que Gaga aurait pu dire ça.

Et si la vie consistait à s’ajouter du vécu pour en témoigner. Décrypter les choses, perdre son temps.

L’artiste et la commande non payé.

Pourquoi fait-on les choses?

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Bâclé trois œuvres en une après-midi en espérant que ça marche. Impossible de peindre dans un délai si court.

Je trouve ce travail très étudiant aux Beaux-Arts. Sans doute à cause du sujet imposé.

Toutes ces chansons stupides et je ne pense pas qu’elles le soient. Just order me a sandwich. LET’S MAKE A SANDWICH. EN LETTRE CAPITALES. Un truc à tourner en boucle à s’oublier, à ne plus penser qu`à ça, en boucle, un sandwich. Penser à Gaga pour ne penser à rien d’autre.

Gaga comme réponse à tout, on se croirait dans un bouquin de Dick.

Pourquoi écouter Gaga et pas… Bob Dylan par exemple?

Qu’est-ce qui fait une époque?

Ne rien casser, ne rien détruire, s’abrutir dans la rébellion des autres.

Une musique un peu niaise résonne dans mon appartement “shining, shining in your eyes, because I am still in love with you, I want to see you dance again”. C’est vrai autant parler de sandwich.

Il parait qu’un grand photographe avait un D.A pour démêler les bonnes des mauvaises photos. D’autres ont des éditeurs, des paroliers, des galeristes, des interfaces. Tout ne marche-t-il qu’à l’interface?

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Je veux déranger, je veux déranger le plus possible.

Ce que j’aime dans l’art? Son côté dérisoire, et il l’est de moins en moins. Comme si en le rendant “Important”, en lui donnant de la visibilité, on lui enlevait toutes ses armes.

encore plus fort que Madonna et Manson. Bien vendu. Bien ficelé.

Peut-être cela aurait-il été diffèrent si j’avais rencontré Gaga. Si je lui avais parlé.

Le galeriste a dit que ça lui faisait penser à un truc d’Orlan. Qui d’autre a répondu à l’appel? Qui d’autre s’est dépêché de rendre ses œuvres comme on rend une copie? Tout cela est lamentable. ONCE YOU KILL A COW.

En couverture d’un magazine de mode posé sur la table, je peux lire : l’art de l’amour de l’art. Je me demande ce que cela peut vouloir dire. Rien. Gagagagagagagaga

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S’ériger en spectateur moyen de son époque, ou plutôt en spectateur spécialisé, supérieur, averti. Décider qu’aujourd’hui on parlera de Gaga parce que c’est tendance, qu’il y a un concert et qu’une telle idée réunira du monde. Car Gaga est une idée. Une idée du succès, une idée du pop art, une idée de l’art, une incarnation. En fait l’idée est juste par rapport à son temps, et en même temps, soyons honnêtes, elle est déplorable. Tellement déplorable. Parler avec ses mots pour dire ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas et se faire sans cesse parasiter par les mots des autres, les slogans des autres, les images des autres. Tenter de se les approprier parce qu’on n’a pas le choix, même si le choix on l’a toujours. Dire non et se marginaliser jusqu’à devenir une légende ou en crever. Ou rien. S’avachir devant la télé.

Quatre heures environ à taper pour trouver quoi? Rien.

Amalgames de lieux communs tapés à la ligne, à l’heure, au mot, et pas à l’argent. Deux filles dans une voiture avancent vers leur destin portées par de gentils réalisateurs, de gentils scénaristes, de gentils, qui d’autre est gentil? D’ailleurs c’est toujours comme ça, on ne comprend rien et on finit par mourir, à moins de choisir son sens soi-même, d’écrire son histoire, l’inventer.

N’y a-t-il vraiment rien d’autre? Nulle part? L’art de l’amour de l’art. Le sens donné au sens, et la vérité parfois dans le contresens absolu.

Artus de Lavilléon édité par Jessica Piersanti. Octobre 2010, Paris.

à titre de mémoire

Éloge de l’Amérique, ou décryptage engagé ?

Depuis toujours je m’intéresse aux symboles de la culture populaire, notamment américaine, et l’influence qu’elle a dans nos vies.

Quand j’étais plus jeune, des marques comme Levi’s, Nike, Coca-Cola, ou Mc Donald étaient le symbole d’une appartenance a une modernité sous influence, mais elles étaient aussi critiqués par un certain establishment et par une fange contre culturelle engagée qui pourtant nourrissait son imaginaire à coup de tubes chantés en Anglais.

Dans mon histoire personnelle, avec un père à la fois aristocrate et communiste, il était impossible de porter de telles marques, et d’écouter autre chose que de la « bonne musique », jusqu’à ce qu’il découvre de visu l’Amérique impérialiste qu’il avait tant critiquée et se surprenne à l’aimer. Un signe des temps non négligeable juste avant la chute du mur de Berlin.

Entre temps mes revendications musicales et vestimentaires était à la fois devenues synonymes de ma liberté, et de ma rébellion. D’une certaine manière, à ce niveau là comme à bien d’autres, j’ai toujours marché à contre-courant. Quand certain critiquaient l’invasion par l’Amérique, je répondais bienfait de la mondialisation, et je n’ai pas changé d’avis. J’adore autant manger au chinois, au Viet ou au kébab du coin, en écoutant MTV, qu’au restaurant Marocain ou dans tous endroits pas chers de quelques pays qu’ils soient.

Baguette vin rouge, ou Mc do coca ? Aljazeera ou MTV ? Et pourquoi pas les deux ?

Après avoir travaillé deux ans en tant que directeur artistique pour la marque de Jean Levi’s, à l’histoire chargée, du Vietnam au phénomène Grunge, et fondé leur boutique image Française NIM, je suis devenu artiste à temps complet, et à incarner pour certains une forme de culture alternative, elle-même très référencée.

Les grands dessins noirs et blancs qui ont fait ma renommée, ou sont en train de la faire, étaient tirés d’images de vieux films américains, et de citations détournées d’autres films, toujours américains, tendance blockbuster.

Mon nom Artus, peut aussi se lire Art US ; est-ce la raison de l’attention particulière que je porte à l’Amérique, je n’en sais rien. Selon l’artiste espagnol Tapiés son intérêt pour les murs vient du fait que son nom veut justement dire Mur en catalan. Est-on prédestiné ? Qu’est-ce qui fait qu’on s’intéresse à telle chose plutôt qu’à telle autre ? Il ne faut pas oublier non plus que l’Amérique est la première puissance mondiale et qu’il n’est jamais gratuit, ni inutile, de décoder les messages que l’on peut voir dans tous ces spectacles bon marché qui nous divertissent tant.

« A grand pouvoir grande responsabilité », comme dirait Spider man.

Étant aussi issue de la rue, ou de la culture street comme on dit aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de remarquer les nombreux slogans qui ornent les murs de la ville, et délivrent, eux aussi des messages qui forment notre manière de penser. Ce sont ces messages qui m’intéressent, ou comme dirait Henri Miller (tiens, encore un américain) « donner du sens au sens ».

Puis il y a mes fanzines, les Deadpan (humour pince sans rire), ou je décalque des photos numériques pour apposer des légendes, des textes, ou je raconte ce que je vois en temps réel, raturant, et biffant ce qui me dérange, mes nombreuses erreurs, mon regard de dyslexique, ma compréhension du monde, ou plutôt celle que je livre à tous et à toutes, presque toujours gratuitement et « en série limitée ».

Viennent ensuite les produits dérivés, les associations ici et là. Certains me traitent de vendu, d’autres parlent de génie. Je continue de travailler, à mon rythme, toujours plus intéressé par les grandes marques et l’empreinte qu’elles laissent dans nos vies, leur façon d’évoluer, et à travers leur histoire, ce qu’elles racontent du monde.

En 2002, pour l’exposition Indéfectible je demande aux gens de choisir leur camp comme énoncé plus haut, Baguette vin rouge ou Mac Do Coca ? En 2003, pour Get a life, je repeint en noir une salle du concept store Levi’s pour y exposer tous mes objets noirs de même que des boites à Pizza blanches et des canettes de Coca Rouge, NIne Inch Nail et les Pixies à fond sur la chaine. En 2005, pour ma première grande rétrospective en galerie I Learned it from a talk show j’invite les gens à ne boire que du coca Cola au vernissage. En 2009, pour Tout ou rien, je recouvre les murs d’une cabane en carton (dans la boutique d’une créatrice de mode) de milliers de post it où sont consignées les phrases clefs de films grand public (généralement américains, mais pas seulement) à côté d’un tableau ou sont notés par paire toutes les choses qui sont à la foi similaire et différentes : Mac Do/Quick, Coca/Pepsi, Mac/PC, Beatles/Rolling Stone, Camus/Sartre, etc… L’idée étant toujours de pousser les gens à choisir leur camp, ou à affiner leurs choix, Main Stream ou élitisme de masse.

Mais que dire de ces choses qui ne se classent pas, ou changent de côté avec le temps, se bonifient, se pervertissent, se développent ou disparaissent ? Ces choses qui indiquent un sens qui les dépasse parfois. Notre humanité.

Alors qu’en 2010 je m’apprête à faire une résidence d’artiste sponsorisée par Nike et travaille de plus en plus pour la pub (notamment avec une campagne pour une banque coopérative) et des clips, je pose la question du mécénat et de ce que les marques représentent vraiment pour nous. Et si les grandes marques étaient les mécènes d’aujourd’hui ? Et l’anglais la langue internationale qui unira tous les peuples ? Et si décrypter était plus important que jamais ?

S’investir et réaliser ou plutôt comprendre et accepter que le monde ne fasse pas que se résumer aux slogans qui l’inscrivent.

La trace, c’est ce qui reste de l’œuvre dans le temps. Comment être français et à la fois Américain dans beaucoup des gestes de notre quotidien (musque, vêtements, objets usuels, « réseaux sociaux » etc). En s’appropriant une culture qui n’est pas la notre, en la détournant, ou en travaillant avec (et non pas pour) ?

Dans le manifeste de l’art posthume j’indique « il ne faut pas faire pour être mais être pour être ». Alors soyons.

« Après tout ce qui compte ce n’est pas l’homo Sapiens, mais l’homo Faber, celui qui fabrique, et quand il fabrique il invente un objet qui permet tout d’un coup d’imaginer autre chose. Parce que en gros c’est ça la vie ; la vie, c’est fabriquer. C’est tout, c’est aussi simple que ça » (MLB dans les enfants de la société du spectacle).

Voilà.

Artus de Lavilléon. Le 16 juillet 2010 à Paris.