Papiers importants divers et variés

Papiers importants divers et variés

Une exposition d’Artus chez Les Néréides

Vernissage Mardi 9 novembre

de 18h à 21h

Jusqu’au 9 décembre

5, rue du Bourg l’Abbé

75003 Paris

« Je pense qu’il ne faut pas installer des sarcophages de valeurs, des Mecque pour la prosternation »

Malevitch, Sur le musée, février 1919.­­

A l’occasion de la sortie du collier Kill Yourself and die coproduit avec les Néréides, je vous prie d’assister à l’exposition « Fiches », qui retrace une partie de ma dernière année d’archivage du quotidien.

Seront montrés différents documents, que je range habituellement dans des pochettes sous le titre générique de « papiers importants divers et variés » et que j’ai, pour la première fois, extrait de la masse de papier qui encombrent nos vies.

Ainsi qu’une peinture customisée et restaurée signée Marie Braquemond, l’une des quatre femmes impressionnistes connues à ce jour.

Le choix d’une boutique au lieu d’une galerie (comme je le fais souvent) s’explique par le fait qu’aujourd’hui l’art est devenu un produit comme un autre : un collier, une peinture, une performance, tout se perd et se justifie par l’acte d’achat d’un collectionneur, d’un musée, ou d’un particulier, qui va donner valeur à ce qu’il achète.

Si le lieu fait l’art, alors ce que je vais montrer ici n’en sera pas.

Il est amusant de penser qu’à peu près au même moment mes œuvres ont fait leur entrée sur le site de la FIAC : Foire internationale d’art contemporain. Foire : Règne du bruit, du désordre et de l’agitation (familier ; péjoratif) Synonyme de bazar. Quel vacarme, c’est la foire ici !

Amicalement.

Artus.

Kill Yourself and die.

Il y a quelques années j’avais décidé de monter un groupe de death métal conceptuel avec un ami sans savoir jouer de musique. Le premier album Silent music devait être vendu vierge, le deuxième Beats, reproduisait le beat death, le troisième Remix, nous faisait évoluer du métal à la bossanova en cassant le rythme par des moments de silence, le quatrièmeScream, n’aurait été que hurlements, dans le plus pur style punk, et nous devions nous séparer au cinquième album à cause d’une histoire de groupie. C’est ce qui s’est passé. J’étais très amoureux quand elle m’a quitté avant d’aller le rejoindre. Puis je me suis tatoué Kill yourself and die sur le bras qui était le titre de l’une de nos chansons. Quelque temps plus tard, je suis allé me réfugier dans ma maison de campagne pour écrire, réfléchir et créer, pendant deux ans. Face à moi, dans le silence du grand salon, une peinture ayant appartenue à ma famille me faisait face. Je pensais plus que jamais aux détournements, aux remixes divers et variés qu’avaient produit notre génération, customisation et autres modes du vintage. Dans l’idée générale, réappropriation et réédition donnaient une seconde vie à des objets oubliés, passés de mode, ou disparus, ainsi remis au goût du jour, car ils étaient le signe d’une époque en train d’accepter son passé non pas comme une simple histoire, mais comme un vivier dans lequel puiser de la nouveauté. Après tout, n’était-ce pas ce que nous faisions depuis toujours ? Mais pour la première fois, peut-être, copier ne voulait pas dire cacher ses sources, mais au contraire les rendre lisibles, et avec fierté qui plus est. Faire comme n’était plus une insulte, mais un gage de qualité,faire comme, et pas forcément mieux, si possible sans ironie, me paraissait incroyablement sain, même si, d’une certaine manière, la négation de la capacité de renouvellement de la création était aussi au centre de toux ces débats. J’avais à la fois envie de détruire et de construire sur cette destruction, amener de la beauté dans l’anarchie de ma vie sans cesser de considérer le nihilisme comme fécond à partir du moment où les références n’étaient pas que rendues visibles, mais aussi assumées. Le tableau était là, la rage aussi. J’ai écrit Kill yourself and die sur le tableau, suis revenu à Paris et l’ai présenté comme la pièce maîtresse de la première exposition de l’art posthume, un mouvement artistique que nous venions d’initier avec des proches et la rédaction d’un manifeste. « Si tout a déjà été dit, fait, et pensé, nous n’aurons aucune honte à redire, refaire, et repenser ce qui ne l’a pas été assez », écrivions nous. Le tableau n’a pas été vendu quoiqu’il ait été montré plusieurs fois par la suite, mais abîmé, cuit par le temps et les transports. Il a fallu le faire restaurer. J’ai reçu un coup de téléphone : « ce tableau est peut-être un Marie Bracquemond une des 4 femmes reconnues pour leurs peintures dans la période impressionniste, doit-on enlever la typo ? » Puis : « Sinon au niveau des cotes si il s’avère que c’est cette signature, je ne sais pas si on les additionne (la tienne + M. Bracquemond), si une des cotes s’annule…, enfin j’en ai aucune idée! Vu qu’il n’y a pas d’autre cas! Mais la réflexion s’arrête vite, vu que le tableau n’est pas authentifié ». L’histoire devenait intéressante. J’ai décidé de continuer à fouiller l’idée. Kill yourself and die est devenu comme un slogan qui me suivait partout. « Ne pas faire pour être mais être pour être », la devise de notre groupe. Le positif et le négatif. Comme beaucoup avant moi je me construisais contre, mais à presque quarante ans cela devenait puéril. Lorsqu’on m’a proposé de faire un bijou, j’ai pensé à cette phrase. Dans la perte de sens généralisée, la peu d’intérêt que je lisais autour de moi pour les choses profondes, ou dites ennuyeuses, me fatiguait, alors pourquoi ne pas faire un bijou sur lequel il serait écrit Tue toi toi-même et crève en référence à toutes ces histoires que j’avais vécues et que je portais ; en référence à ce tableau et à tant d’autres choses, et au regard que l’on porte parfois sur nous sans savoir, se posant en juge alors que l’on est souvent incapable de même se poser la question du pourquoi. La parure du condamné. Ma mère m’avait dit un jour que le plus beau tatouage qu’elle aie jamais vu était une ligne pointillée qu’un ami s’était fait tatouer autour du cou avant que la peine de mort ne soit abolie (en 1981). J’ai décidé de faire un bijou avec une idée qui avait déjà servie, et, va savoir pourquoi, cela me semblait juste. Le bijou de notre époque. On me proposait aussi de m’échanger la fabrication de l’objet contre un dessin. Pourquoi pas après tout. Tout n’est-il finalement qu’une histoire de cote ?

Artus de Lavilléon pour les Néréides, Octobre 2010.