Vendu !

Vendu

Collaborations et autres travaux commerciaux

Vernissage Jeudi 31 mars de 18h à 22h

Avec le soutien de Vin et Culture.fr et lejoker.fr

Du 1er au 30 avril 2011-03-19 Galerie M.H. Karst

30, rue de Malte. 75011 Paris

« In Heaven Everything is fine You got your good thing And I’ve got mine. »

In Heaven, The Pixies

« It is better to have a life than to have a plan ».

Une série sur M6 dans les années 90.

« Trouvez quelqu’un qui enfreint une règle quelconque et vous aurez un potentiel marketing ».

Heath et Potter. Révolte consommée.

Tenir coûte que coûte. Résister aux galeries aux accrochages stériles et sans aucune générosité, au marché de l’art, ne pas se compromettre, refuser de faire partie de l’art contemporain… Dans l’un de mes carnets j’ai noté « la publicité me permet de rester libre », c’est une phrase étrange.

Mais de quoi parlais-je au juste ? De l’institutionnalisation inévitable de l’art, ou de la liberté dont ce terme ne me semble plus investi puisque tout y est codifié, mercantilisé, et banalisé à l’extrême, à coup de foires, de nuits blanches, de spectacles aussi inutiles que le peu de remises en questions qu’il génèrent.

Tout me paraît tellement « produit », que l’envie même de créer est en train de me quitter.

Quand j’étais jeune, après avoir, relu, et lu à nouveau les écrits de Malevitch, pour comprendre son carré blanc sur fond blanc, j’ai été très touché par ce ton exalté qu’il employait, cette poésie que j’ai aussi retrouvé dans les premiers textes de Guy Debord, et je me suis dit que l’un comme l’autre avaient touché cette vérité profonde qui permet la traversée du miroir, la vérité de l’avant garde ou du révolutionnaire qui refuse de ce soumettre au système (« cette nouvelle notion du marketting moderne »). Je me suis aussi intéressé aux Dada et commencé à comprendre à quel point Marcel Duchamp (qui n’en faisait pas vraiment partie), avec son urinoir, avait profondément perverti la notion d’art. J’avais 20 ans, et moi aussi je voulais faire ma révolution. Je disais que je voulais être riche et célèbre, comme une provocation qui n’en étais pas vraiment une puisque déjà je faisais partie de cette génération désenchantée (dite « grunge ») à qui on commençait à vendre une fortune sa propre rébellion. L’idée venait de laisser place au concept qui lui-même permettait de penser que sans évidence aucune vérité ne pourrait plus jamais être comprise comme telle. Dérision et provocation s’apparentaient dorénavant au spectacle, et à rien d’autre.

Comment toucher les foules sans devenir riche et célèbre. Comment exister sans le regard des autres. Comment vendre sans se vendre soi-même en tant que produit ? En bon « flower punk » (© Jalouse magazine), je refusais MTV, mais ne pouvais m’empêcher de regarder fasciné « Culture pub », à la télé le soir.

A presque quarante ans, je continue de rêver de changer les choses, de les changer profondément, mais je n’arrive plus à savoir comment, dans un milieu ou tout ce qui est permi, ne l’est que pour mieux être « récupéré » par une société, dans laquelle rien n’existe sans ce qui le justifie.

Plus personne aujourd’hui ne semble vouloir rompre avec l’histoire, ni même la changer. Tout le monde veut faire partie de… et de…, et non plus contester juste pour le plaisir de contester (et aussi parce que vivre c’est tout essayer). S’il y a en moi de l’anarchiste, alors celui-là s’apparente plus au Banquier anarchiste de Pessoa qu’avec un Martin Eden qui pousse son intelligence jusqu’au suicide, ou au Voleur de Georges Darien qui fait un sale métier « mais a au moins l’excuse de le faire salement ».

Il n’y a plus de moyens, juste des buts, des objectifs à atteindre, des cibles à analyser. « S’identifier à » importe plus que résister ou imaginer qu’il existe encore un autre possible. Car finalement les révolutions ne mènent qu’à un renversement des valeurs et des fortunes, ou un retour dans le rang de la mondialisation souveraine. Mettre un nom sur les choses, et par la même se les approprier, semble bien plus facile que créer dans un monde ou tout à déjà été dit fait et pensé. Mais est-on bien certain, suis-je bien certain, que cette voie soit aussi définitive que ce(ux) qu’elle permet d’exclure ?

Je crois que le mieux – à l’opposé du moins bien - ne m’intéresse pas si le système qui le porte est pourri de l’intérieur et sent la pisse fondatrice.

Ici et là on voit la révolte pondre, les modèles du passé ont fait leur temps nous dit-on sans savoir par quoi les remplacer.

Dans Le mythe de la contre culture Heath et Potter citent David Brooks : « Les bourgeois privilégiaient le matérialisme, l’ordre, l’autodicipline et la productivité. Les bohèmes célébraient la créativité, la rébellion, la nouveauté, l’expression de soi, l’anti-matérialisme et l’expérience directe (Bobos in paradise) » avant de conclure : « A présent demandez-vous lequel de ces deux groupes reflète le plus l’esprit du capitalisme contemporain. ». Et si se rebeller aujourd’hui voulait dire entrer dans la norme ? Et la déplacer ?

« Montrez moi un révolutionnaire qui ne pense pas médias, et je vous montrerais de l’art véritable ». Je crois qu’il existe d’autres chemins, et que ceux-ci se situent entre. Que le monde ne commencera a changer que lorsqu’on admettra que le chemin compte autant que la voie qu’il ouvre. Et surtout qu’il n’y a pas de vérité immuable (ou objective) qui tienne car la vérité est toujours subjective. Puisqu’elle appartient à tous et pas seulement à l’élite de ceux qui savent. D’un côté comme de l’autre.

Quand je vends mes dessins dans la pub, il n’y a aucune ambiguïté, ce que je vends est un produit qui correspond à des besoins identifiés, ou développés comme tels, ce n’est pas juste du cynisme. « Puisque l’art est devenu un bien de consommation comme un autre autant le montrer comme un produit comme un autre » ais-je déclaré récemment, je parlais ici de l’art commercial.

Mais est-on bien certain qu’il ne reste que celui-là ?

Et que la marginalisation est la seule réponse à porter à des questionnements qui, comme tout le reste, n’ont rien de bien nouveau.

Le bonheur est désespérément politique.

Artus de Lavilléon, Lundi 14 mars 2011, Paris.

Et aussi Cadavres exquis… Voir page suivante.