Prolongation / Projection / Rectification

À l’occasion du dévernissage de l’exposition Vendu je vous invite à la projection du film “Les enfants de la société du spectacle”.

Tourné en 2004 avec l’aide de Julie Meyer ce “documentaire” où l’on voit ma mère raconter sa vie face caméra, presque d’un trait, au fur et à mesure qu’elle sort d’un hôpital ou je pensais qu’elle allait mourir, est un bon complément au film “Le dernier voyage de Maryse Lucas” co-réalisé avec David Ledoux (actuellement sélectionné au festival des Lutins du court-métrage), et au diaporama “Souviens-toi de Maryse Lucas” que l’on peut voir sur mon site. Maryse y raconte ses expériences de vie, de son départ du Loir et Cher à sa rencontre avec Guy Debord, les situationnistes, sa traversée de l’époque hippie, les Indes et les communautés avec moi sur le dos, et, surtout, son refus des années 80 et “de cette société qui vous roue”, et sa réinstallation à la campagne où je suis allé la chercher alors qu’elle s’y laissait mourir. Puis enfin son retour à Paris dans le Marais branché sur lequel elle porte un regard sans concession.

Quand j’ai dit à Jessica, mon amie, que je voulais projeter ce film pour le décrochage de l’exposition Vendu, elle m’a dit qu’elle trouvait cela obscène. Comment mêler la mémoire de ma mère et des boulots commerciaux ? Alors j’ai proposé de projeter “View on the sea”, un voyage en Lotus 7 à travers la Grèce, la Turquie, le Liban, la Syrie et la Jordanie, jusqu’en Egypte, avec mon ami Ramdane commandité pour sa marque Résistance. Mais quelque chose me gênait. “Vendu”, c’est l’histoire de mon entrée dans le monde de la pub pour me libérer de mes contraintes artistiques, d’une certaine manière l’affirmation de ma liberté d’artiste. “Puisque l’art est devenu un marché comme un autre alors autant le vendre comme un produit comme un autre”. Peut-on vraiment tout justifier avec une phrase pareille ? Préférer la pub parce que là au moins “le deal est honnête” ? Commencer à se dire que finalement faire des dessins ce n’est pas si mal que ça (les fameux Mickeys de la culture alternative sans guillemets) comme forme de résistance à la marchandisation de tout, au moment ou mes peintures commencent à vendre ? Peur du succès, dernières traces d’un engagement jamais renié ? Et s’il fallait chercher dans mon histoire des raisons à mes investissements ?

“Les enfants de la société du spectacle” c’est nous. Le jour où nous nous sommes tous fait avoir. Ou tout n’est pas devenu qu’un produit mais une banalité. Le jour où, peut-être, nous avons perdu notre capacité à nous émerveiller. Où l’on nous a fait croire que plus rien n’était possible et que tout avait déjà été fait.

Dans leur livre “Le mythe de la contre culture”, Heath et Potter expliquent que lors d’une expérience en Californie on avait réalisé que le port de l’uniforme chez les étudiants faisait nettement baisser le taux de délinquance juvénile. Et si nous nous mettions à porter des uniformes aujourd’hui pour affirmer notre différence ? Mais de quelle marque les uniformes ?

Michel le Bayon, un ami de ma mère, dans “Les enfants de la société du spectacle”, dit : “Maryse a trempé avec les situationnistes… le refus des objets. C’est à dire : n’avoir besoin de rien ne veut pas dire que l’on n’ai pas envie de tout, de vivre tout je veux dire. Mais 30 ans après ? Mai 68, ça n’existe pas ! (en 2004)”. Confus, peut-être, mais cela me paraît au contraire très clair. “Comment se battre pour la structuration de la liberté quand on s’est battu toute sa vie pour la liberté” ajoute un autre des amis de Maryse Gilles Audejean, directeur de cirque.

Je pense qu’il faut voir les enfants de la société du spectacle, malgré le son très mauvais parfois, et le montage approximatif, c’est un témoignage unique.

“L’homme ne s’exprime jamais mieux que dans ses contradictions les plus profondes”.

Il faut rester libre.

Je sais, je parle toujours de la même chose.

Comment y échapper ?

Rendez-vous jeudi ?