“Le meilleur ami du plus grand artiste Français” et autres réflexions, plus des expos des expos des expos…

J’ai toujours pensé que l’art contemporain Français excluait et manquait cruellement de générosité. L’autre soir alors que je mangeais tranquillement au restaurant chinois, je me suis mis à parler avec mon voisin, un canadien très sympathique. Au bout de 5mn, ce dernier me disait qu’il était ami avec « le plus grand artiste français ». Avant même de me dire qu’il était lui-même artiste ou me décrire sa pratique. Je ne sais pas comment cela est arrivé si vite dans la conversation après les sourires un peu gênés, les « vous mangez quoi », puis les « et dans la vie tu fais quoi ? »… Artiste, oui, nous étions artistes. Lui travaillait sur les œuvres qui sont leur propre sujet, plus ou moins sur la tautologie aussi, et moi… Moi c’était un peu plus flou. Je venais de passer l’après midi à le perdre, au cinéma voir une merde hollywoodienne (habituel), allongé dans l’herbe à lire un livre d’une traite (de plus en plus rare)(je travaille trop depuis des mois), et à voir des amis.

Ce qui est étrange depuis que j’ai appris que j’allais être père (je vais être père !)(C’est maintenant officiel), c’est que j’ai pris une assurance sociale que je n’avais encore jamais eu avant. A l’intérieur, j’ai toujours été très sûr (les remises en question, jamais les doutes), mais à l’extérieur toujours trouvé superflu de me battre avec « les cons », tous ces gens qui vous jugent sans même savoir et pire sans s’intéresser, qui ne connaissent rien de vous ou presque et se permettent de vous donner des conseils sous prétexte d’un début d’amitié, ou d’une rencontre professionnelle aussi superficielle que la relation qui nous unis. Il faut des années pour faire de vrais amis – c’est mon opinion tout du moins.

Je suis quelqu’un de lent, et il en va de même dans mon art. Et puis « j’ai beaucoup souffert ». De millions de choses, une enfance difficile, des histoires d’amours compliquées (forcément), des coups du destin (« qui n’a rien à voir là-dedans ») et de cette rage de faire qui ne m’a jamais quitté et souvent coûté bien plus que ce que je recevais en échange.

Je me raconte comme si j’étais dans un (mauvais) roman. Tout le temps et sans cesse, mais ne me justifie jamais (enfin en tout cas j’essaye).

Je réalise aujourd’hui que cette posture, car s’en est bien une, à ses limites.

L’élite, l’élite dirige tout.

« Je suis ami avec le plus grand artiste Français », comme quoi ? Comme « je suis dans le bon réseau ? », moi pas, même si, évidemment, j’y suis aussi. Mais comment suis-je arrivé là ? Par mon travail, et par mon travail uniquement. Un travail bancal, naïf et pur comme la vie qui l’a porté. Insouciant comme la jeunesse, et, empruntons un mot au hasard d’une lecture (je lis énormément), « incontrôlé ».

Que faire avec soi-même quand on sait que ce soi-même ne suffira jamais à combler le manque de curiosité de tous ces gens « de l’art », qui sont bien plus intéressés par les BoBu (Bourgeois Bureaucrates – le même livre) aux succès aisément monnayables, que par la vérité d’une démarche qui ne s’en est jamais laissé imposer, par personne, et surtout pas par ce soi-disant système.

Bizarrement la face visible de mon travail plait beaucoup aux post-ados et très peu aux pré-vieux qui ne le sont pas encore assez pour savoir que le train passe et que la caravane aboie.

Durant cette première journée à ne rien faire, hier, (la première depuis longtemps donc), je me suis dit qu’il était maintenant temps de me refreiner, arrêter de faire expo sur expo sur expo, dans des lieux tous plus décalés les uns que les autres, magasins, boutiques, galeries obscures, et autres grandes surfaces, poussé par l’unique volonté de partager, partager à tous prix et surprendre dans des lieux ou l’on ne trouve pas forcément de l’art ou « cet art là », sans pour autant me réfugier derrière des discours trompeurs sans aucuns rapport avec cette force vive (donc) qui m’habite et m’a de tout temps habité.

Je parle souvent du carré blanc sur fond blanc de Malevitch en expliquant comment il a changé à jamais ma vie, mais en même temps je n’explique jamais comment (relisez aussi cette phrase, ça en vaut la peine !).

« Je pense qu’il ne faut pas installer les sarcophages de valeurs, les Mecque pour la prosternation ». Les fameuses galeries en fond de cour. Montrer, montrer le plus largement possible, ne pas se satisfaire d’un réseau mais de tous. Créer des boutiques, des lieux de vie, l’épicerie, Nim, Vivre dans les vitrines du Printemps, exposer dans un magasin face à Science Po, dans un autre de vêtements, de bijoux de pacotille de luxe (sans critique, merci à eux), à Citadium, dans la médiathèque d’un petit village en Mayenne, dans un entrepôt, en Chine ou à Angoulême, dans une boîte de nuit, dans « une galerie fermée le temps de l’exposition », dans des librairies, d’autres vitrines, d’autres librairies, d’autres magasins, quelques foires, quelques vraies galeries aussi ainsi sans que l’effort soit porté sur ces dernières. Le travail doit être le même, partout.

On m’a toujours dit (Ah), que je rabaissais ainsi mon travail en ne sélectionnant pas mieux les lieux ou je le montrais. Mais comment se battre contre l’élitisme au sein même de l’élite, et surtout uniquement au sein de cette élite contre qui on dit se battre ?

« Il lui était incapable de ne pas faire ce qu’il avait envie de faire » « On ne peut pas se battre pour la liberté et pour la structuration de cette même liberté ».

Si j’écris mal ce matin c’est parce que j’essaye d’épuiser des idées sur lesquelles je n’ai pas encore mis de nouveaux mots.

Ranger, organiser, donner à voir.

La vérité et la sincérité. Nan Goldin. Le témoignage de vécu, l’archivage du quotidien. Des mots et encore d’autres mots. Les idées maitresses de mon travail.

Après la décision de ne jamais exposer dans des galeries (j’ai bien baissé mon froc depuis je l’avoue, même si concéder n’est pas forcément se compromettre), et de montrer le plus largement possible - poussé par l’idée que si tout le monde peut le faire tout le monde doit le faire (l’amateurisme opposé au professionnalisme du rien) - ma seconde grande décision a été d’archiver ma vie car celle-ci me semblait plus importante que mon art « de mon vivant ».

Entre un chef d’œuvre et une personne, qui sauveriez-vous du feu ?

Créer par amour de la vie et pas par peur de la mort.

La vie comme support de l’œuvre et pas l’œuvre comme support de la vie, même si…

Lire dans la vie les raisons de l’œuvre. Comprendre que si l’œuvre porte la vie, alors c’est dans la vie…

Compliqué, voir même complexe. Elever sa vie par la pratique de l’art. Devenir meilleur. « Non pas l’urinoir dans le musée mais l’urinoir dans la vie », une proposition que peu me semblent avoir retenue.

Je parle toujours très mal.

Quand j’ai vu les photographies de Nan Goldin la première fois (quand, où, pourquoi ? début 90 ?) je suis resté scotché. Faire un reportage sur sa propre vie, transformer sa vie en œuvre, rendre hommage à ses amis, faire un cadeau, partager de la manière la plus vraie et la plus proche possible, en partant de soi et non de l’autre. De soi pour aller vers l’autre. D’abord se connaître soi (comment se donner sinon). Comment faire part de ce cheminement de pensée qui a été le mien. La trahison d’O. et de A. La pornographie.

Quand j’ai vécu dans les vitrines du grand magasin « Le Printemps » « avant que la télé réalité n’envahisse les écrans du monde entier ».

« D’abord se connaître soi », « Pour ne pas mentir lorsque l’on va vers l’autre », et non pas « Aller vers l’autre pour se connaître soi » « se découvrir dans ses yeux ». La Vérité et la Sincérité. L’art posthume et l’art contemporain. Il y aurait tellement à dire sur mon travail, et j’en suis bien incapable, et la forme que j’ai choisi pour le montrer (sans doute la plus pauvre et la plus bête) tellement loin de mes aspiration, de ce que je SAIS, de ce que je suis. Le destin, dieu, nos choix.

Décide-t-on jamais de ce que l’on est ?

Ne pas faire pour être mais être pour être ?

Mais comment alors accepter qu’un autre justifie ou même dise ?

Toutes ces horribles monographies, tous ces textes de « critiques » qui ne font qu’encenser. Vendre mieux.

Tellement blessé par « l’une de mes plus belles expos », celle ou peu sont venus, et celle ou j’ai le plus vendu.

Le spectacle si cher à Guy Debord. « Mais quel spectacle, il n’y a plus de spectacle aujourd’hui… Ah… si… Les marques. ». Maryse, ma mère, et son héritage « situationniste ». « Bienvenue à l’impasse de la lucidité » écrit sur sa porte.

Et bien ! Il y a encore beaucoup de travail.

« Je suis ami avec le plus grand artiste Français ». Et bien moi pas. Je suis amis avec « Les losers, ceux qui ne gagnent pas encore plein d’argent aujourd’hui ». Les premiers seront les derniers et les derniers les premiers. Si seulement. Mais cela ne marche pas comme ça aujourd’hui. Il faut connaître du monde, jouer des coudes, faire marcher ses relations, être au courant des noms, des systèmes, de la reconnaissance.

Mais je ne veux que partager. Partager avec le plus grand nombre. Et c’est là que cela devient compliqué. Comment toucher le plus grand nombre quand seule l’élite semble posséder les clefs.

L’élite qui en France continue d’être perplexe devant le street art (et c’est un bien), et méfiante envers mon travail (elle a bien raison), mais quand même continue de me serrer la main (on ne sait jamais), et à se dire mon « amie ».

Je n’ai d’amis que mes amis. Et les autres tous les autres, ces témoins muets du spectacle qui n’est pas la vie pour trop vouloir lui ressembler.

Assis dans un café, le matin, à penser à l’ami du plus grand des artistes français… Que je ne suis pas.

Tant mieux. Surtout si le prix à payer est d’être un sacré connard.

« Toi tu rentres. Toi pas. Et moi, je suis rentré, et je t’emmerde ! ».

Belle posture n’est-ce pas, pour le prix (comme les vaches) Marcel Duchamp.

Mercredi 28 septembre 2011.

Je pense qu’il faut faire les choses au bon moment et qu’il y a un bon moment pour faire les choses. Evidemment la société moderne ne marche pas comme ça. On parle de rendement, de cadences de travail, de résultat. De réussites et d’échec, « mais le vrai temps ne marche pas comme ça ». Quand ma mère écrit sous mon premier dessin d’enfant « Ce qui est important ce n’est pas de faire les choses mais de se mettre en état de les faire » et l’affiche dans l’entrée du petit appartement où nous vivions alors, mi 70, elle modifie ma destinée. Combien de fois suis-je passé devant ce dessin jusqu’à mon adolescence ? A quel point m’a-t-il marqué de son empreinte indélébile ?

« Ce qui est important ce n’est pas le but à atteindre mais le chemin que l’on parcours pour atteindre ce but ».

« Ce qui est important ce n’est pas de faire les choses au bon moment, mais juste de les faire ».

« Ce qui est important ce n’est pas de réussir, mais de réussir ».

Ce qui est important, mais on se fiche de ce qui est important, car l’importance n’est pas uniquement dans ce qui est important. Sentir la vie et se sentir vivre avec elle. Prendre le temps. Prendre le temps de le perdre. De faire des détours, des erreurs. De vivre avec, dans, et pour son temps mais pas seulement. De vivre aussi pour soi.

Hier, Jessica me disait, « mais je ne veux pas être responsable », sentir tout ce poids, du devoir (c’est moi qui ajoute) de ce que l’on doit et ne doit pas faire.

La vérité vient du cœur et du cœur uniquement, pas des contraintes de toutes sortes qu’on nous impose ou que nous nous imposons nous même.

Faire les choses, ou être.

Etre en faisant les choses, se devenir a travers elle et en même temps les précéder. Le temps qui est aussi une boucle.

« Je vous aime, cela ne veut pas ne rien dire »

Respecter l’autre et en faire son chemin. La seule vérité du faire, et ce qui le justifie et justifie tout. Pas le désir d’avoir ce que l’autre n’a pas.

Jamais.

Il n’y a pas d’autre bon moment pour faire les choses que celui où on les fait.

Mardi 4 Octobre 2011.

La Chambre, II

Banalités curieuses

Du 24 septembre au 15 octobre 2011

Immanence

21 avenue du Maine, 75015 Paris

Vernissage le vendredi 23 à 18h30

Nuit Blanche le samedi 1er octobre de 14h à 22h

Une proposition duCygne

Avec : Michel de Broin, Cocoon (Quentin Demarthe), Quentin Crestinu, Cecile Desvignes, Florimon Dupont, Mathieu Mercier, Cécile Meynier, Pierre Paulin, Mengzhi Zheng

Don’t be Cruel

Du 10 septembre au 25 octobre 2011

Galerie Vanessa Quang GVQ

75 rue de Beauce. 75003, Paris, France

Vernissage le 10 septembre de 16h à 20h

Curator Anaïd Demir

Avec : Jean-Charles de Castelbajac, Léo Dorfner, Charlie Le Mindu, Liquid Architecture, Elena Montesinos, Dj Water Lilly, Maroussia Rebecq et Mathieu Tonetti

Vendu

Du 22 octobre 2011 au 7 janvier 2012

Galerie CLGB

2 impasse de la Salle, 51100 REIMS

Vernissage jeudi 20 octobre à partir de 19h

Avec le soutien de Vin et Culture