What else then ?


Mercredi 30 octobre

Je fais partie de ces gens qui sont incapables de faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire, ou plutôt « incapable de ne pas faire ce qu’ils ont envie de faire » (et sa corollaire : « ce qui peut sembler un peu bizarre », ma mère était exactement pareille). Quand j’étais encore ado, une femme dans la rue m’avait demandé pour qui je me prenais pour dire des choses pareilles. J’ai, toute ma vie, essayé de tenir cette ligne et je sais à quel point une telle phrase peut sembler prétentieuse. Le travail s’accumule sur mon bureau, des choses à faire, une famille à nourrir, accumulation de lieux communs. Pourtant, et à cause de cette phrase même, ma vie n’a jamais été liée à l’argent. Un ami me disait hier « Je suis maigre l’hiver et gros l’été, mais je n’ai aucun collier autour du cou ». Enfin sorti de mes années de galère (40 ?), mon téléphone sonne régulièrement pour me proposer du travail, tel et tel plan, et on continue de me dire que c’est parce que j’ai du réseau. Je ne sors jamais, je n’ai pas facebook, et je travaille pour la plupart du temps chez moi, quand je ne suis pas dans une librairie en train d’acheter un livre ou dans un café en train de lire, ajoutons à cela la vie de couple, quelques restaurants, et trip photos, ou voyages avec mes nombreux amis, les mêmes depuis des années. Je suis quelqu’un de lent et de routinier qui n’hésite jamais devant une proposition d’aventure, en fonction maintenant du temps que j’arrive à dégager par rapport à mes engagements familiaux et vis à vis de moi-même et de mon « travail ». Je suis très malheureux quand je passe plus de quelques jours sans travailler à mes propres projets, et suis souvent capable de retarder des deadlines de « véritable travail » quand un projet ou un autre qui m’occupe tout particulièrement, me semble prioritaire. Lassé du monde de l’art, je m’intéresse en ce moment de plus en plus à la photographie et achète, presque compulsivement les livres des photographes qui me touchent pour essayer de comprendre ce qui fait un grand livre (puisque ce sont rarement les bonnes photos qui sont responsables du réel succès dans le temps des ouvrages de référence).

La photographie me semble aujourd’hui l’un des seuls domaines ou les « trucs » et les réseaux comptent moins que la qualité du cliché et de l’histoire qu’elle raconte, mais sans doute pensais-je cela car je ne suis pas photographe, ou pas seulement photographe - pour ceux qui me disent très souvent que la photographie est ce que je fais de mieux, quoique je ne montre presque jamais ce travail.

En marchant dans la rue l’autre jour (mes pensées sont souvent très localisées, au coin de telle et telle rue, à telle heure, l’importance de sortir, prendre le soleil, ne faire que ce que l’on a envie de faire,…), je pensais que je commencerais à considérer que j’ai réussi ma vie quand j’aurais atteints tous mes moyens, un jour skateur, un autre directeur de boutique, un autre galeriste, un troisième artiste, puis photographe, peintre, écrivain… J’avais même fait un petit livre qui portait le titre « quand j’étais », comme si ce chemin-là était tout tracé depuis le début. Pourquoi se limiter à un seul devenir ? La vie est multiple et je continue de refuser de croire à la professionnalisation à outrance. Prendre le temps. De travailler, de faire ce qui nous plaît, de vivre, échanger dans le cadre intime, finalement le seul qui compte vraiment.

Au delà de tout « travail ».

Et encore des expos…