Rien n’est feint si tout est vrai

Comment ne pas se retirer partiellement du marché de l’art aujourd’hui quand on n’est pas d’accord avec ses règles.

Comment ne pas se concentrer sur une œuvre potentiellement posthume quand on croit et pense que l’argent et le déploiement de moyens hors normes, dans une société où tant de gens ont encore faim, nuit à la création en général.

Il faut rechercher non pas des nouveaux médiums ou idées susceptibles de parler à l’élite ou au peuple mais à de nouvelles formes données à la diffusion d’une pratique qui ne peut se lire uniquement en terme de reconnaissance et de statut.

Des artistes sans œuvres aux superstars de l’art contemporain, le commissaire a progressivement remplacé le critique. Internet révolutionne le monde en promouvant de nouveaux réseaux d’idées mais les formes restent encore aléatoires, ce qui est né sur la toile, restera sur la toile…

Qu’est ce qui fait que nos idées dépassent parfois le simple blog ou billet d’humeur ? Le talent, ou le référencement ? Un peu des deux sans doute.

Mais surtout comment vivre avec l’idée d’une confrontation au réel nécessaire quoique sa réalisation pratique soit incontrôlable (et c’est bien qu’elle le soit), faute d’une volonté aguerrie aux nouvelles techniques de communication et d’information ? Ou plutôt d’un vouloir acquis au nouveau référencement du monde.

« Une image réussie est un universel concrétisé. Sa force vient de ce qu’elle peut et doit se mesurer à la vraie vie » écrit Robert Adams. Mais si tel n’est pas le désir de son créateur, si l’idée que cette image promeut demande du temps ?

Si « croitre c’est diminuer », je crois aussi à l’urgence, urgence de faire, non urgence de diffuser au plus large à tout prix. Le manque de moyens, le dérisoire, l’imperceptible, me paraît avoir d’autant plus de valeur aujourd’hui qu’il est de plus en plus difficile à percevoir dans les productions humaines qui n’existent plus qu’à grand renfort de spectacle, de storytelling, ou tout simplement de réseau.

Créer petitement et laborieusement, mais sans « organiser sa rareté ».

Être pour être ce n’est pas vouloir être pour être, voilà ce que je voulais dire.

Rien n’est feint si tout est vrai.