Monthou-sur-Cher

Dimanche 28 mars 2010.

Je suis assis dans un café de Pigalle tandis qu’une bruine légère tombe sur Paris. Sur mon ordinateur le nouvel album des Brian Jonestown Massacre passe en boucle depuis plusieurs jours. Je me sens bien. Une expo amenant une autre expo puis encore une autre expo, je ne suis plus trop inquiet pour ma « carrière artistique », même si je ne cesse de me questionner sur le sens que je veux donner aux choses, à ma vie, à ce que je vois, lit et écoute.

L’autre soir, à mon vernissage pour la sortie du livre sur mon voyage en chine de 2007, le public s’est extasié devant une petite installation de polaroïds et quelques dessins noirs et blancs qui n’exprimaient (selon moi) pas grand chose d’autre qu’une maitrise photographique et graphique – ce qui est déjà bien – alors que je continue de me battre pour trouver un endroit ou montrer « consumérisme », et les images d’une performance autrement plus politique et engagée. Signe des temps, il semblerait que personne ne veuille prendre ce risque. Alors on me dit que je crache dans la soupe, que je ne suis jamais satisfait, que je devrais cesser de me plaindre. J’ai la réputation, paraît-il, de m’embrouiller souvent, d’avoir amis et ennemis, bref, d’être quelqu’un d’entier même si on me décrirait plus volontiers comme un « chelou », ou un « relou » parfois. Je ne comprend décidément pas ce monde ou trop bien.

Hier, dans une librairie de livres d’occasion je suis tombé sur Ou bien ou bien, de Kierkegaard. Voici un extrait :

« Laissons les autres gémir sur la méchanceté de l’époque. Moi, je me plains de sa mesquinerie ; car elle est sans passion. Les pensées des hommes sont minces comme des dentelles, et eux-mêmes pitoyables comme des dentellières. Les pensées de leur cœur trop pauvres pour être coupables. Si un ver de terre nourrissait de telles pensées on pourrait peut-être considérer cela comme un péché, mais non lorsqu’il s’agit d’un homme crée à l’image de dieu. Leurs désirs sont mesurés, indolents, leurs passions somnolentes ; ces âmes mercenaires accomplissent leur devoir mais se permettent néanmoins (…) de rogner quelque peu la monnaie. »

Après Artistes sans œuvres de Jouannais je m’imagine peut-être lire ce livre jusqu’au bout, alors que j’ai de plus en plus de mal a finir les livres que je commence. Pour en revenir à mon exposition, j’ai pour une fois décidé d’envoyer des mails et des sms à la plupart de mes contacts, chose que je ne fais plus jamais, et j’ai eu la surprise de voir des amis que je n’avais pas vu depuis longtemps se joindre à la longue liste d’invités. Mes potes skateurs, anciens mannequins, photographes, amis d’enfance, famille, journalistes, businessmen, avocats, créateurs en tout genre, ce qui a crée un très joli événement comme on en vit rarement. Le livre a beaucoup plu, de même que les polaroïds encadrés et la peinture ramenée de Chine ; les éditeurs et le galeriste, tous très sympathiques, semblaient ravis, et trouver du sens à tout cela. J’ai même vendu plusieurs œuvres, et notamment l’édition originale imprimée d’un petit livre que j’avais écrit en Chine. Le texte qui introduit l’expo, ou je gémis « sur la mesquinerie sans passion de l’époque », a été beaucoup lu et apprécié.

Qu’attendent mes spectateurs ? De passer un bon moment, de voir des jolies œuvres, ou de vivre à travers moi un sens et un engagement qui n’est souvent pas le leur. J’ai de plus en plus l’impression que quelque chose est en train de changer en moi, la certitude que jamais je ne changerais se fait de plus en plus nette. Contradiction ? Non. Il faut aller plus loin, plus fort, ne rien renier et continuer de dire, d’écrire, et d’utiliser tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de ce dont je me crois capable.

Un ami américain est là pour quelques jours, il est un digne représentant de l’underground américain des années 90, skateboard, fanzines, détournements divers et variés, photos floues mais historiques, etc. « The top of the shit pile », « like my ex girlfriend used to say », ajoute-t-il quand on lui demande les raisons de son engagement. Après avoir publié The answer is never, Jocko Weyland est devenu une sorte de référence dans la culture skate. « When are you going to stop skateboarding » semble être la question à laquelle son livre répond, j’y vois un engagement plus profond. Malheureusement aujourd’hui, ce sont ces mêmes marques qu’il combattait, et d’une certaine manière combat toujours, qui lui payent le voyage pour exposer dans des magasins tendances qui n’ont selon moi que peu d’idées de ce avec quoi elles flirtent. Comment ne pas accepter la reconnaissance ? Comment dire non ? Ceux à qui nous parlions ont grandit dans la société, et, une fois adultes, n’ont pas pour autant oublié ceux que d’autres choix ont constitués. Celui là travaille dans une boutique, celui là importe des chaussures, cet autre a eu plus de chance et a réussit à « percer », et faire plus d’argent que tous ces amis réunis. Il va acheter une ou deux « œuvres », pourquoi pas, cela fera joli dans son salon. Mais attention, il ne veut pas quelque chose de trop violent… Comment y faire face chaque jour de sa vie ? Et puis « il y a des musées pour ça ».

J’ai été à un dîner avec des gens avec qui j’étais en école primaire, personne n’avait changé, les énergies étaient les mêmes, et j’étais bien l’artiste, celui qui avait toujours été différent et similaire. Comment choisit-on son destin ? Comment un destin nous choisit-il ? D’après Kierkegaard, « Il est vraiment naïf de croire que les cris et les vociférations peuvent avoir une utilité dans ce monde et modifier le destin. Il faut accepter celui-ci tel qu’il se présente et garder toujours la mesure ». Je ne suis absolument pas d’accord avec ça même si « il est assez curieux que ce soit toujours les mêmes choses qui nous occupent à toute les époques de la vie ». Le stade esthétique ne peut être sans aucune éthique, ou alors il ne vaut rien !

Pourquoi achète-t-on une œuvre qui transcende, car il y a bien des gens qui les achètent ces œuvres-là. Et très souvent ce sont des gens qui n’en ont pas les moyens qui « scotchent » les œuvres qui importent le plus pour moi.

Avec Jessica, nous continuons de travailler sur cette longue interview qui viendra illustrer le livre que je suis en train de réaliser sur tout mon travail depuis 20 ans. Hier, un ami me demande quels sont mes projets du moment, je lui dit que j’aimerais bien ouvrir une galerie, et il me répond : « pourquoi pas ? Je pourrais peut-être te trouver de l’argent, investir un peu ». Créer un lieu de vie plutôt qu’un lieu d’art. L’idée me travaille, c’est d’ailleurs la seul façon de travailler, être travaillé par.

Plein de choses à faire aujourd’hui. Continuer Ou bien ou bien, mettre de l’ordre dans mes textes, relire l’interview de Jessica, « customiser » une toile, organiser, ou aller au cinéma voir le dernier Tim Burton…

Hmmmm.

Finalement nous sommes allés nous promener avec Jessica, un peu au hasard, et j’ai passé une merveilleuse soirée.

Mercredi 7 avril.

Deuxième nuit passée presque sans dormir après une journée de rendez-vous, à me balader en skate d’un endroit à un autre, et à vaguement travailler. Mal au dos comme un vieux. Perdu (ou gagné) deux heures au Mc Do à relire l’interview que Jessica fait de moi, des choses intéressantes, d’autres moins, mais une pensée qui semble stable et logique. Le serveur du Chao Bâ qui drague ma copine sans aucune vergogne et l’autre, sans doute homosexuel qui me sourie parfois (à se demander si ils n’ont pas un deal ces deux là !). Vu au cinéma Achille et la Tortue de Kitano, qui parle d’un artiste sans style véritable (sauf celui qui lie les maîtres qu’il imite), et fini sa vie sans reconnaissance autre que celle de sa femme. De bonnes barres de rire devant des œuvres parfois tellement loufoques qu’elles en deviennent géniales. Le héros qui assiste à sa vie, presque en témoin, presque sans jamais parler, concentré comme personne sur son œuvre. A-t-il décidé d’être artiste ou cela lui est-il tout simplement arrivé ? Je repense à ce texte écrit il y a quelques jours et à la cicatrice que j’ai dans ma main droite à cause d’une chute violente en Roller autour de mes 20 ans. Cette chute a-t-elle changé ma ligne de destinée ? Le fait d’avoir fait des sports dit extrêmes. Même pas peur même pas mal… Hier soir, alors que je n’arrivais pas à dormir donc, j’ai noté sur un post it :

« Ma trajectoire, qu’est-ce qui m’arrivera si… Je suis quelqu’un qui pense beaucoup. Pendant la nuit je peux me lever dix à quinze fois, pour aller me dégourdir les jambes, boire, pisser un coup. J’ai le sommeil léger. Dernièrement quelque chose a changé ».

Quand je traverse la grande chambre ou j’habite avec Jessica, je me dis que plus rien ne sera jamais plus comme avant, que je suis à la veille de quelque chose de grand, ou pas d’ailleurs, de quelque chose de différent, comme avant un saut dans l’inconnu. Bizarrement, souvent, en traversant cette chambre, je me touche le ventre avant d’ouvrir la porte qui mène aux toilettes. Je me dis, tiens, j’ai encore grossis, mais j’aime bien cette petite boule dure et ferme au milieu de mon corps. Elle me rassure je crois. Je suis tellement amoureux de Jessica ! Dans mes carnets, je continue de noter des phrases de films.

There is only one thing, can my violence conquiers yours ?

What would be worse ? To live as a monster, or to die as a good man ? (Shutter Island de Scorcese)

Puis :

Le talent n’a rien à voir avec la renommée (Achille et la tortue)

Sinon, je continue de chercher un nom à la galerie que je veux ouvrir

Voilà les premières propositions

Le trou de balle

Galerie Nul

Au grand jour

Les individualistes réunis

Zéro-onze

Mais rien ne me satisfait vraiment…

Dans quelques instants nous allons nous ré-installer au Chao Bâ pour continuer l’interview avec Jessica. Tellement de travail en attente, de choses que je ne fais pas, et d’autres que je fais à la place de. Jessica commence à me comprendre bien, elle dit que je suis libre, mais le suis-je vraiment ?

Peut-on réellement l’être quand on est dirigé par un choix dont on ne sait, finalement, rien, car rien, quand on n’y pense, n’aurais pu nous mener ailleurs que nous sommes aujourd’hui et en ce moment.

Le bruit de l’école à côté, les enfants qui jouent.

La prédestination.

Il y a longtemps que j’ai accepté même si je marche parfois sans savoir ou je vais. Et j’adore ça.

Vendredi 16 avril.

Matin, réveil tranquille. Je suis assis à la grande table en bois du salon. Dehors il semble faire beau mais c’est assez dur à savoir vu d’ici, malgré la très jolie cour pleine d’arbres et de verdure, peu de lumière réussit à filtrer à travers les grandes baies vitrées ; Comme un peu tout le monde dans l’appartement j’attends l’été, le moment ou la chaleur sera si forte que se terrer à l’ombre deviendra un luxe. Le mois d’août à Paris. Sur la chaine hi-fi passe une chanson de Nine Inch Nails, le refrain indique « too fuct up to care anymore ». Je pense au chemin parcouru cette année. « It didn’t happened the way you wanted it too. Now you know how it feels like ». Hier j’ai reçu un texto d’une ex qui m’avait proposé il y a quelques temps, alors que je vis le plus grand bonheur avec Jesica, de recoucher avec elle. Je pense à cette femme que la drogue a détruit en partie, à son parcours, au fait qu’elle ait réussit à s’en sortir et qu’elle pense à moi. A la violence du monde. Cela me perturbe un peu, car je l’ai beaucoup aimé et parce que j’ai beaucoup d’empathie pour elle. L’amour sera toujours là, mais il est maintenant devenu tout autre. Un sentiment à la fois distant et présent, mais pas dans le sens d’un retour en arrière. J’envisage rarement les retours en arrière dans les actes même s’il n’est pas désagréable d’imaginer en pensée ce qui se serait passé si. Rien sans doute. Tout à sa place et pour une raison précise. Jessica aujourd’hui et demain, d’autres hier. L’art qui n’a jamais cessé de me guider, et mon amour des gens –celui qui me liait à cette femme qui me dit maintenant ne plus aimer personne… Le fameux point limite. « Je lui avait bien dit que cela se passerait comme ça ». « Now you know how it feels like ». J’arrête les Nine Inch nails. Je ne les aime plus. Jessica me demande pourquoi je parle tellement des punks aujourd’hui ? Pourquoi ils m’attirent tant, alors qu’elle est en train de lire Please kill me, l’un des livres référence en la matière. Parce que j‘aime leur énergie et pas leur no futur. Vous avez envie de le faire, faites-le. Et ce n’est pas parce que c’est la fin du monde que. Dirty de Sonic Youth maintenant. Vieux non-tubes des années 90, ceux que tout le monde écoutait pourtant.

Mardi 4 mai.

J’écris de moins en moins, en quelques années j’ai « tout écrit », tout ce que je pouvais en tout cas, mes mémoires vécues au quotidien devenues simple archivage de vécu. Bloqué en moi-même comme d’autres dans leur travail. Ce destin de l’homme qui tourne en rond, prisonnier de sa carcasse et de ses faires. Celui là est artiste, cet autre boucher, ce troisième cadre dynamique, ce quatrième trader, ce cinquième DA, ce sixième maçon, ce septième sans emploi, à parler toujours de la même chose, toujours plus ou moins du même quotidien même s’il est différent. Je ne sais plus trop où aller et je trouve cela fantastique. Inventer, réinventer. Publier, montrer, me détacher.

Et si on m’en empêchait.

Consumérisme par exemple.

Avec Jessica nous sommes descendus à Lyon voir l’exposition rétrospective de Ben, Ben dont le travail a soixante dix ans ne semble plus motivé que par la peur de la mort. Mon message sera-t-il bien compris. Et Jessica qui remarque : « c’est fou, toute une vie pour dire une seule chose ». J’adore le travail de Ben jusque dans le milieu des années 70, et après quoi ? Les toiles noires, les agendas et tous ces produits dérivés. Dans le catalogue de l’exposition on peut lire tout ce que Ben a fait avant tout le monde, et tout ce pour quoi il n’a pas été reconnu, ce qu’il n’a jamais cessé de dire justement. Mais quoi exactement ? Quel est le message de Ben ?

Quand s’est-il mis à bloquer, quand est-il devenu génial ou plutôt quand a-t-il cessé de l’être ? Quand son désir de reconnaissance a dépassé sa créativité. Quand il a accepté la case dans laquelle on l’avait mis ?

L’autre jour une fille a dit dans une phrase que j’étais « la voix de la contre culture », une belle blague qui m’a a la fois beaucoup fait rire et un peut bouleversé. La voix de la contre culture. Je me suis dit que ça ferait un joli titre de roman, un truc un peu ironique, très second degré. Je ne pense pas que la contre culture soit jamais réellement second degré, elle est naïve, parfois puissante, toujours engagée, mais rarement second degré – lui manque presque toujours la distance avec elle-même et avec les autres…

Mes amis de ill-studio me disent que je tourne en rond (dans mes textes). Ont-ils raison ?

« Tout ça pour dire une seule chose ? »

« Que tout est art et que tout le monde peut le faire ». Dixit Jessica.

Lutter contre l’élitisme donc ? La raison des produits dérivés. Les années 70. Et maintenant quoi ? Apprendre la beauté du monde (tout est art), ou plutôt que nous sommes tous égaux.

Sur le chemin de Lyon je suis retourné au petit village du Loir et Cher ou j’ai en partie passé mon enfance. Un ami était là et j’ai vu les ravages du regard des autres sur sa différence. Quand j’ai fait le film sur ma mère et que je l’ai interviewé il y a deux ou trois ans, l’équipe de tournage avait peur de lui. Des yeux très clairs, presque délavés, les dents pourries, la stature impressionnante, et les voisins qui balancent : «  Les pompiers sont venus, on l’a attaché à un arbre. Il a détruit sa voiture à coup de masse quand il a perdu son permis, il ne fout rien depuis qu’il a eu son accident du travail (qui l’handicape à tel point qu’il ne peut presque rien porter). On l’a amené. Il a failli tuer sa mère… ». Le huis-clos. L’impossibilité de quitter le village, de travailler. Et mon ami me dit : «  Tu te souviens quand j’avais gagné ce concours de dessin, quand ta mère m’apprenais à lire, les policiers m’ont confisqués ma collection de couteaux, ils ont jugé que j’étais trop dangereux, tu as vu comme j’ai arrangé le garage ? Je récupère des palettes usagées et j’en fais des placards, des pots de fleurs, des moulins pour jardin. Sinon je vais à la pèche. Je prends des médicaments hyper fort pour la douleur, à cause de mon dos. L’accident est arrivé le … à 18h précises, il y a 18 ans ». Avec Jessica nous avons très mal dormi parce que nous aussi nous avions un peu peur. Que ce serait-il passé s’il avait grandi dans un autre environnement, s’il avait été plus fort ? Plus fort que son « destin ».

Mon ami d’enfance qui sera toujours mon ami.

En tapant mon nom sur internet je suis tombé sur un article sur moi que je n’avais jamais lu. Voici un copié collé de cet article qui m’a beaucoup plu et l’adresse ou le trouver. Merci à celui qui l’a écrit. Le texte n’est pas signé.

Les réalités des êtres peuvent être si différentes.

MERCREDI 20 MAI 2009

Le rebelle et le banquier : à propos d’Artus, du politiquement correct et de la Banque Populaire…

http://some-cool-stuff.blogspot.com/2009/05/le-rebelle-et-le-banquier-propos-dartus.html

Avant d’exposer à la galerie AAA -”Tout ou rien (S’adresser en face)” du 11 juin au 21 juin - Artus de Lavilléon expose actuellement, et ce jusqu’au 30 mai, chez The Lazy Dog. Sous le titre amusant de “Posters en vente à la boutique”, il propose une série de dessins grand format à l’encre de Chine.

L’annonce de cette exposition a fait le tour des blogs s’intéressant aux arts graphiques tendance contre-culture. Il faut dire qu’en communicant inspiré Artus avait rendu public, quelques jours avant le vernissage de la dite expo, une note d’intention susceptible d’ouvrir l’appétit des plus perplexes. Qu’on en juge : « L’exposition « Posters en vente à la boutique », est la réponse à l’exposition « Tomorrow is the first day of the rest of you li(f)es », qui avait eu lieu à la galerie Patricia Dorfmann à mon retour de Chine en juin 2008. J’avais accepté d’y montrer un travail très politiquement correct qui m’avait valu la reconnaissance des milieux de l’art et, malgré les nombreuses ventes, m’avait laissé un goût de défaite dans la bouche. Chez Lazy dog je compte tenter de rétablir une vérité propre à ma démarche « contre culturelle » et à ses limites ».

Dans le cas où cette annonce de rébellion n’aurait pas suffi, le flyer de l’événement en rajoutait une louche : “Depuis que ça marchait je ne m’étais encore jamais senti autant dans la peau d’un vendu. Pour moi l’art servait à autre chose qu’à vendre des jolis dessins et avait beaucoup à voir avec la contestation des systèmes en place. Aujourd’hui “la contre culture” ne voulait plus rien dire qu’un beau chèque dans la poche un jour ou l’autre, et on voulait nous faire croire que ça ne dérangeais (sic) personne… Vraiment ?”.

Mazette : on tenait là un artiste engagé, noble représentant d’une espèce pourtant malheureusement en voie de disparition ! Et comme pour mieux susciter une certaine nostalgie envers les belles année de l’art contestataire, Artus promettait une performance “saignante” le jour du vernissage de son exposition, à “21 h précise” : “vu que je suis très énervé contre tout en ce moment je vous conseille de ne pas la louper celle-là…. Ca va saigner !”.

A 21 heure précise donc, le 30 mai dernier, Artus s’est mis à poil (ohhhhhhh !), a déchiré ses posters accrochés aux murs (ahhhhhhh !), derrière lesquels sont soudain apparus des mots grossiers peints en rouge (ihhhhhhh !).

Trêve d’ironie cependant. Malgré la dimension surannée et potache de la dite “performance”, le travail d’Artus est loin d’être inintéressant. Cela a des faux airs de Raymond Pettibon dans le dessin, des vrais airs de Lichtenstein dans la composition et de vrais faux airs de Debord dans le propos comme dans la manière. Le tout avec une dimension autobiographique bien dans l’air du temps. C’est à la fois plaisant et intelligent, amusant et stylé et, faute de savoir susciter la révolte par des moyens nouveaux, cela a au moins le mérite d’évoquer une période où d’autres, sans doute plus inspirés ou plus révoltés, savaient le faire. On pourrait se contenter de conclure là dessus.

Sauf que la lecture de certains magazines actuellement en kiosque nous réserve une certaine surprise. Le Crédit Coopératif, filiale du Groupe Banque Populaire, lance en effet une nouvelle campagne de publicité sur le thème “Une banque qui me défend, ça se défend !”. Pour mieux faire avaler la pilule de son slogan démago, la banque s’est adjoint les services d’un artiste, d’un artiste pourfendeur du “politiquement correct”, d’un artiste contestataire… Ca y est ? Vous avez deviné ? Ben oui : Artus. Le même.

Il y aurait certes là de quoi rire. Ou se mettre en colère. C’est pourtant un malaise d’un tout autre genre que l’on ressent pour peu que, tentant de parfaire son opinion sur le cas Artus, on prenne la peine d’aller fouiller un peu sur son blog. On y découvre en effet un gars intelligent, cultivé, critique envers le milieu dans lequel il évolue, s’interrogeant sur le rôle de l’artiste dans la société comme sur les tenants et les aboutissants de la contre-culture… Bref un artiste qui en plus de ne pas être dénué de talent serait visiblement honnête, notamment envers lui-même. Même pas un salaud !

Point de colère donc, mais de la tristesse, tristesse de voir une nouvelle fois vérifié le constat debordien : en ce début du XXIème siècle, la société du spectacle est plus que jamais capable de récupérer à son profit les critiques qui lui sont adressées, d’assujettir contre-culture et contre-pouvoir et de continuer ainsi à reigner seule… laissant aux spectres des artistes et autres contestataires le soin de divertir et d’endormir ceux qui ont la naïveté de croire encore en eux.

PUBLIÉ PAR BLOGCOOLSTUFF@GMAIL.COM À L’ADRESSE 00:01 / LIBELLÉS : ART / 7 COMMENTAIRES :

Samantha a dit…

Merci pour ce sujet extrêmement intelligent !

20 MAI 2009 15:50

blogcoolstuff@gmail.com a dit…

merci à toi : ça fait plaisir

22 MAI 2009 02:38

b. a dit…

j’aime beaucoup le ton et l’intelligence de ton analyse, bravo !

23 MAI 2009 05:24

blogcoolstuff@gmail.com a dit…

n’en jetez plus, la couple est pleine (merci quand même, ça fait plaisir)

23 MAI 2009 05:41

manche de pioche a dit…

Pour faire le chiant,

je dirais “rien de nouveau”.

De tout temps les artistes ont fait la pute,

ils sont comme tout le monde ils préferent être riche et bien portant pour créer que pauvre et le ventre vide.

Et ne me dites pas que certains sont mort dans l’annonymatle plus total,c’est juste qu’il n’ont pas été reconnu en leur temps.

Et les portrait de bougeois et de roi que l’on se tappe à longueur de musée si c’est pas de la pub ,je ne sais pas ce que c’est d’autre.

En fait ce qui me choque le plus dans cet article c’est qu’Artus est qualifié d’”artiste”.

Cà, ca me pose problème.

Mais beau boulot quand même

24 MAI 2009 11:41

blogcoolstuff@gmail.com a dit…

salut Manche de pioche,

comprends bien que ce n’est pas tant qu’Artus travaille pour la pub et pour une banque qui m’attriste dans cette affaire. Mais plutôt le fait qu’il énonce dans le même temps un discours on ne peut plus “rebelle”, anti-politiquement correct, situ (ou plutôt pro-situ).

24 MAI 2009 12:04

Merci

Artus

3 MAI 2010 13:55


ET TOUJOURS

Portraits de villes

GALERIE PHILIPPE CHAUME

expo du vendredi 26 au 15 mai 2010

9, rue de Marseille 75010 paris